Chez Jeff Mailfert, la musique ne semble jamais dissociée du mouvement qui la fait naître. Elle est traversée par les kilomètres, les paysages, les départs et les retours.
Sa première tournée québécoise ne s’inscrit donc pas simplement dans une logique de diffusion, mais aussi dans la continuité du parcours qu’il a commencé. Celle d’un chemin entamé bien avant les scènes, bien avant les albums, dans un moment presque fondateur qu’il évoque encore avec précision.
« Le Québec représente un nouveau rêve à concrétiser », confie-t-il. Mais ce rêve ne naît pas de nulle part. Il remonte à un premier voyage en Amérique du Nord, il y a plus d’une décennie, lorsqu’il découvre, presque par accident, que la musique pourrait devenir un langage pour dire le monde.
Le goût de s’évader
Pour l’artiste, le besoin de partir ne relève pas d’un simple goût pour le voyage. Il s’ancre dans quelque chose de plus ancien, de plus intime. « Je pense que mes parents m’ont donné le goût de m’évader. Mon grand-père a été élevé sur une péniche… c’est peut-être dans mon ADN. » Ce qui se joue ici dépasse l’anecdote. Il y a, dans cette manière de raconter, une tentative de comprendre d’où vient ce mouvement constant. Comme si l’immobilité était, en soi, une forme d’inconfort. Comme si créer impliquait d’abord de se déplacer.
Cette tension nourrit directement sa musique. Une musique souvent décrite comme un folk de grands espaces, à la fois intime et ouvert, où chaque chanson agit comme un fragment de route, un instant capté entre deux destinations.
Dix ans pour trouver sa voix
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans le temps qu’il aura fallu pour donner naissance à Save My Soul. « Dans cet album, j’ai des chansons qui ont un mois et d’autres qui ont une décennie. » Cela révèle une démarche qui ne cherche pas l’efficacité, mais la justesse. Une écriture qui accepte de mûrir, de se transformer, de se redéfinir au fil du temps. Ce qui aurait pu être une faiblesse devient ici une colonne vertébrale. « La cohérence de l’album est venue parce que ça parle de mon histoire, de ma vie amoureuse, des voyages. » Autrement dit, ce n’est pas le temps qui structure l’album. C’est l’identité.
Revenir à l’essentiel, vraiment
Il y a, dans son parcours, un moment de bascule. Une fatigue peut-être, ou une lucidité nouvelle. Après plusieurs projets, après l’expérience du collectif, après les détours, vient ce besoin de revenir à quelque chose de plus organique. « Après le COVID, je voulais revenir à l’essentiel de ce que je voulais exprimer. » Ce retour aux sources ne se traduit pas seulement dans l’écriture, mais aussi dans la manière de produire. L’album a été enregistré en direct, avec des musiciens réunis dans une même pièce. Une décision artistique forte, presque risquée, mais qui correspond à cette volonté de sincérité. De ne pas surproduire. De ne pas tricher.


« J’ai traversé un hiver très dur, avec beaucoup d’émotions », souligne l’artiste. Ce passage devient pour lui une matière première. Il nourrit les chansons, leur donne une densité, une gravité parfois. Et puis, doucement, quelque chose se déplace. « Aujourd’hui, je sens que je suis dans la lumière. »
La scène comme espace de vérité
Avec plus de 500 concerts à son actif, Jeff Mailfert aurait pu chercher à élargir, à amplifier, à performer. Il choisit plutôt l’inverse. « Dans une petite salle, le contact est plus fort. On partage vraiment quelque chose. » Ce choix n’est pas anodin. Il dit une certaine vision de la musique. Une musique qui ne se consomme pas à distance, mais qui se vit dans la proximité.
Sa tournée québécoise s’inscrit dans cette logique. Des lieux choisis, pensés pour permettre la rencontre. Pour laisser la place au silence, à l’écoute et à l’échange.

Un pont naturel avec le Québec
Pour Gabryel Arcand, le promoteur qui accompagne son arrivée au Québec, cette rencontre n’a rien d’un hasard. « Son esthétique se rapproche de ce qu’on aime ici. » Mais au-delà de la compatibilité musicale, il y a aussi une question de sensibilité. Une manière de raconter, de ressentir, qui trouve écho dans le paysage culturel québécois. « J’ai confiance que le public va tomber en amour avec lui. »
L’artiste sera sur scène, au Québec, à l’Espace Félix Leclerc le 8 avril, au Café Maelstrom le 10 avril et au Salon d’Edgar le 11 avril prochains. On nous mentionne que de nouvelles dates pourront s’ajouter au cours des prochains jours.
Pour découvrir les actualités de Jeff Mailfert, cliquez ici.
