Et si l’on repensait la médecine à partir de l’émotion? Et si, au cœur même des établissements de santé, la musique devenait un véritable outil thérapeutique, au même titre que les approches plus traditionnelles? C’est la réflexion portée par un projet novateur lancé au Centre hospitalier de St. Mary, où la Dre Julia Chabot et la pianiste Alexandra Stréliski unissent leurs expertises pour explorer une nouvelle manière de prendre soin.
Au croisement de la recherche clinique, de la création artistique et des technologies immersives, cette initiative propose une expérience inédite : des concerts en réalité virtuelle conçus spécifiquement pour accompagner les patients dans leur parcours de soins. Une approche qui ne cherche pas à remplacer la médecine, mais à l’enrichir, en y intégrant des dimensions sensibles souvent reléguées au second plan.
Soigner autrement, en s’appuyant sur la science
Derrière ce projet, il y a une conviction forte, mais aussi des années de recherche. Gériatre au Centre hospitalier de St. Mary, la Dre Julia Chabot s’intéresse depuis longtemps aux effets de la musique sur la douleur, l’anxiété et la qualité de vie. Son parcours, à la croisée de la médecine et de la musique, l’a amenée à collaborer avec des figures importantes de la recherche, notamment dans le domaine des neurosciences musicales.
Son objectif est clair : transformer ces connaissances en interventions concrètes, mesurables et intégrables au système de santé. Dans cette perspective, la musique n’est plus seulement perçue comme un complément agréable, mais comme un levier thérapeutique à part entière, capable d’influencer l’état émotionnel et physiologique des patients.
La réalité virtuelle devient ici un outil stratégique. Elle permet de créer une immersion complète, de transporter le patient hors de sa chambre, hors de ses inquiétudes, pour lui offrir un espace mental différent, propice à l’apaisement.
L’expérience d’un concert… sans les contraintes du réel
Concrètement, le projet donne accès à des concerts d’Alexandra Stréliski captés en réalité virtuelle. Munis d’un casque, les patients peuvent vivre une expérience immersive qui dépasse largement le simple visionnement. Ils ne regardent pas un concert. Ils y sont.
Dans un environnement hospitalier souvent marqué par la routine, l’attente et une certaine forme d’isolement, cette immersion devient un moment suspendu. Une parenthèse où le corps et l’esprit peuvent se relâcher, ne serait-ce que quelques instants.
Ce type d’expérience ouvre une nouvelle voie dans l’accompagnement des patients, en reconnaissant que le bien-être ne passe pas uniquement par des interventions médicales, mais aussi par des expériences sensibles et significatives.
Alexandra Stréliski, une musique déjà thérapeutique
Le choix d’Alexandra Stréliski comme première collaboratrice ne doit rien au hasard. Depuis plusieurs années, la pianiste reçoit des témoignages de personnes qui associent sa musique à des moments charnières de leur vie : deuils, transitions, périodes d’angoisse ou de reconstruction. Sa musique, à la fois minimaliste et profondément émotive, possède cette capacité rare de créer un espace intérieur. Un lieu où l’on peut déposer ce que l’on vit, sans nécessairement avoir à le nommer.
En intégrant son univers à cette démarche de recherche, le projet vient structurer et amplifier un phénomène déjà bien réel : celui d’une musique qui accompagne, soutient et, d’une certaine manière, soigne.
Vers un nouveau standard de soins
L’ambition du projet dépasse largement cette première série de concerts. L’équipe souhaite constituer un véritable catalogue d’expériences musicales en réalité virtuelle, permettant d’adapter les contenus aux besoins spécifiques des patients.
À terme, cette approche pourrait être intégrée de manière plus systématique dans les milieux de soins, mais aussi accessible au grand public, dans une logique de prévention et de bien-être. Cette initiative s’inscrit ainsi dans un mouvement plus large qui vise à humaniser les soins, à décloisonner les disciplines et à reconnaître que la santé ne se limite pas à l’absence de maladie.
Redéfinir la place de l’art dans notre société
Au-delà du cadre hospitalier, ce projet pose une question fondamentale : quelle place accorde-t-on à l’art dans nos vies? Ici, la musique n’est plus un luxe. Elle devient une nécessité. Un outil de connexion, de réconfort, de transformation.
En réunissant médecine, recherche et création artistique, la Dre Julia Chabot et Alexandra Stréliski proposent une vision élargie du soin. Une vision où l’on ne traite pas seulement des symptômes, mais où l’on prend en compte l’expérience humaine dans toute sa complexité.
Dans un contexte où les systèmes de santé sont sous pression, cette approche ouvre une piste essentielle. Elle rappelle que soigner, c’est aussi offrir des moments de beauté, d’émotion et de sens.
Et que, parfois, quelques notes de piano peuvent faire bien plus que ce que l’on imagine.
