La beauté des “vraies” connexions humaines

Face à face avec France D’Amour
Crédit: Steven Grondin

Avec Symbiose, son nouvel album porté par une série de collaborations aussi étonnantes qu’authentiques, France D’Amour donne l’impression d’être exactement à l’endroit où elle devait être. Libre, assumée, mais surtout plus connectée que jamais aux autres, à la musique… et à elle-même.

Rencontrée avant son passage à La Chapelle Spectacles, l’artiste revient sur cet album né d’une rencontre instinctive avec Francis Degrandpré, son engagement chez ARTISTI, les droits des interprètes, les duos improbables qui ont façonné Symbiose… et cette envie de continuer à créer sans filtre.

Une connexion immédiate avec Francis Degrandpré

Le point de départ de Symbiose remonte à une chronique télé et à une fascination musicale inattendue. France D’Amour raconte avoir eu un véritable déclic en découvrant Francis Degrandpré à l’émission Bonsoir Bonsoir. « Le new country, c’est une musique de guitares. Je suis fan de ce style! Francis a la vraie voix typique du new country, mais en français. Il n’y en a pas beaucoup! La vraie affaire, le vrai son! », lance-t-elle avec enthousiasme.

Rapidement, elle contacte l’agente de l’artiste avec une idée simple : lui envoyer une chanson. La suite se déroule presque naturellement. « Francis, quand on entre en studio, avait déjà appris la chanson. On s’est mis à chanter ensemble et la connexion était instantanée. On était en symbiose, c’est là qu’est venu le titre », raconte-t-elle. La magie du moment était telle qu’ils n’ont jamais tenté de refaire la prise. « On a enregistré la maquette et on n’est pas retournés en studio! C’est la bonne version, la maquette! » Une approche instinctive qui rappelle d’ailleurs les propos récents de Laurence Castera, rencontré par Le Carnet, qui expliquait lui aussi avoir conservé les maquettes spontanées sur son album afin de préserver l’émotion brute du moment.

“De vraies voix, de vrais musiciens”

Au-delà de la musique, Symbiose porte aussi un message très clair sur l’importance des arts vivants et de l’authenticité artistique dans une époque dominée par la technologie et l’intelligence artificielle.

Membre du conseil d’administration d’ARTISTI depuis maintenant une décennie, France D’Amour s’implique activement dans la défense des droits des artistes-interprètes. « Je m’en fais une fierté de dire que sur cet album, c’est un vrai drum, de vraies voix, de vrais musiciens. Les arts vivants sont essentiels pour moi », affirme-t-elle. Son engagement vient aussi d’une inquiétude bien réelle face à l’évolution de l’industrie musicale. « Quand Spotify est arrivé ici en 2014, tout le monde dormait sur la switch. J’ai l’impression qu’on vit la même affaire aujourd’hui », dit-elle en faisant référence aux enjeux liés à l’intelligence artificielle et à la rémunération des artistes. L’artiste rappelle que les droits des interprètes n’ont été reconnus au Canada qu’en 1997, et réellement appliqués seulement à partir de 2000. « Avant ça, les interprètes ne touchaient absolument rien de leurs chansons sur disque », souligne-t-elle.

Et quelques regrets

Avec franchise, France D’Amour admet également avoir certains regrets lorsqu’elle regarde ses débuts dans l’industrie musicale. « Ça me fait sourire quand je vois des artistes qui n’ont aucun regret. Moi j’en ai des regrets! », avoue-t-elle. Parmi ceux-ci, le fait d’avoir signé des contrats sans pleinement comprendre leurs implications. « Si c’était à recommencer, je ne ferais pas aveuglément confiance à l’avocat et à la compagnie de disques qui m’a signé », dit-elle.

Elle raconte même que le catalogue de ses huit premiers albums a été revendu sans qu’on lui demande son avis. « Ils ont vendu le catalogue de mes huit premiers albums sans me le demander », explique-t-elle encore aujourd’hui avec une certaine amertume. Pour elle, les artistes québécois demeurent fragiles dans cet équilibre économique. « L’artiste interprète se fait toujours manger la laine sur le dos », tranche-t-elle.

Les rencontres improbables

Parmi les collaborations marquantes de Symbiose, celle avec Souldia occupe une place particulière. Une rencontre née presque par hasard. « Je l’ai trouvé tellement gentleman, gentil, tellement accessible », raconte-t-elle à propos de leur première rencontre lors d’un gala d’ARTISTI.

Après lui avoir écrit directement sur Instagram, la réponse arrive rapidement. « Il m’a répondu : “Ce serait un honneur!” » La collaboration ira même jusqu’à transformer sa propre interprétation. « J’ai dû refaire mon vocal parce qu’il a tellement magnifié la chanson que je suis retournée en studio », dit-elle en riant.

Cette ouverture aux univers différents semble aujourd’hui complètement assumée. À 61 ans, France D’Amour dit ne plus ressentir le besoin de se censurer comme elle pouvait le faire dans les années 90. « Je me permets des trucs dichotomiques, je n’aurais pas osé ça plus jeune! » Elle cite notamment une chanson inspirée des inconnus qui envoient des photos explicites sur Instagram. Et lorsqu’on lui demande si tout peut être dit en musique, sa réponse est claire. « J’aurais tendance à te dire qu’on peut tout chanter, tout dépend de quelle manière c’est amené », explique-t-elle.

Le plaisir des petites salles

Sur scène, France D’Amour privilégie désormais une formule en trio, plus intime, plus directe. Et les petites salles semblent aujourd’hui lui procurer un plaisir particulier. « Il y a une ambiance, une convivialité! », dit-elle simplement. Récemment, en spectacle, un spectateur lui a même lancé une demande complètement inattendue. « Un gars m’a crié qu’il voulait que je joue du jazz en plein milieu de la chanson “Vivante”. Je lui ai fait quelque chose de bien cool, c’était vraiment un beau moment! » Pour elle, rien ne remplacera jamais cette proximité-là. « Les meilleurs shows que j’ai vus dans ma vie sont seuls à la guitare ou au piano », dit-elle en évoquant les Jean Leloup, Ariane Moffatt et Richard Desjardins.

Et malgré les grandes scènes et les années qui passent, elle semble aujourd’hui plus libre que jamais.

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