Laura Laune: l’humoir noir comme terrain de réflexion
Bientôt de retour au Québec
Il existe des humoristes qui cherchent l’adhésion immédiate. Et puis il y a ceux qui préfèrent marcher sur une ligne beaucoup plus étroite : celle qui sépare le rire du malaise et de la réflexion. Laura Laune fait clairement partie de cette seconde catégorie.
Avec son apparence angélique et son humour d’une noirceur assumée, l’humoriste belge s’est imposée au fil des années comme l’une des voix les plus singulières de l’humour francophone. Révélée au grand public en remportant l’émission La France a un incroyable talent en 2017, elle s’est depuis forgée une réputation d’artiste capable d’aborder les sujets les plus sensibles sans jamais abandonner le rire.
Son spectacle Glory Alleluïa, actuellement en tournée, poursuit cette démarche. Son retour au Québec, prévu au printemps, témoigne d’un lien particulier avec le public d’ici.

La précision derrière la provocation
À première vue, l’humour de Laura Laune peut sembler instinctif, presque brutal. Mais derrière chaque phrase se cache un travail d’écriture méticuleux. « J’adore le travail de précision dans l’humour. On se casse la tête à trouver la bonne phrase et à mettre la virgule au bon endroit », explique-t-elle.
Dans Glory Alleluïa, son deuxième spectacle solo, elle aborde des thèmes rarement traités sur scène : violence conjugale, féminisme, autisme, tabous familiaux ou encore relations toxiques. Des sujets lourds, parfois inconfortables, mais toujours abordés avec un sens aigu du second degré. « Je parle de sujets de société, parfois assez tristes. Il fallait trouver une manière d’amener les gens sur ces terrains tout en les faisant rire. » Cette tension entre inconfort et humour est précisément ce qui définit son style. Un humour qui dérange parfois, mais qui ne laisse jamais indifférent.
Un public québécois qui comprend l’humour noir
Si son humour peut provoquer des réactions contrastées en Europe, Laura Laune affirme avoir trouvé au Québec un public particulièrement réceptif. « La première fois s’est super bien passée. C’est toujours un bonheur de revenir au Québec. C’est un public hyper agréable et démonstratif. » Elle explique que la culture humoristique québécoise semble particulièrement ouverte au second degré. « J’ai un humour assez noir qui peut choquer. Mais au Québec, il y a une sorte d’acceptation automatique de ce second degré. » Une différence qu’elle perçoit très clairement sur scène. « En France, parfois les gens se regardent entre eux avant de rire. Au Québec, il y a une liberté incroyable. » Cette relation privilégiée explique pourquoi l’artiste a choisi d’y revenir pour une nouvelle série de représentations.
Refuser les étiquettes
Humoriste, actrice, chanteuse, Laura Laune refuse de se laisser enfermer dans une seule définition. « J’aime bien me décrire comme une artiste globale. Il y a plein de moyens d’expression qui m’attirent et j’essaie de ne pas me mettre dans un créneau en particulier. » Cette curiosité artistique l’a menée vers plusieurs projets parallèles.
Elle apparaîtra notamment dans le prochain film du réalisateur québécois Émile Gaudreault, Maudits Français, une comédie qui explore les différences culturelles entre la France et le Québec. Une expérience qu’elle décrit comme un véritable coup de cœur. « J’ai été contactée pour un casting et j’ai eu un vrai coup de cœur pour le scénario. C’était une aventure incroyable. »
La musique comme face B du spectacle
En parallèle de la scène et du cinéma, l’artiste explore aussi la musique. Son nouvel EP, Cordialement, propose une autre facette de son univers artistique. « Quand j’ai commencé à écrire des chansons, je pensais que ce seraient des textes humoristiques. Mais la musique me permet d’exprimer autre chose. » Certaines chansons trouvent d’ailleurs leur place dans son spectacle. « La musique est un peu la face B du spectacle. » Un espace plus introspectif, mais toujours teinté de l’ironie qui caractérise son travail.
Transformer l’inconfort en dialogue
Ce qui frappe dans la démarche de Laura Laune, c’est sa volonté constante de s’attaquer aux sujets tabous. Elle évoque notamment son trouble du spectre de l’autisme et l’importance d’aborder la différence sans détour. « Ce qui est précieux pour moi, c’est de parler de sujets qu’on aborde rarement, mais de manière libérée. »
Sur scène, son personnage devient alors un espace de liberté totale. « Ça me ressemble dans le sens où il peut parler de tout, sans filtre. » Dans une époque où la parole publique est souvent scrutée et jugée, cette approche rappelle une fonction essentielle de l’humour : créer des zones où la conversation peut exister. Même lorsque le sujet dérange.
Un phénomène qui dépasse la scène
Au-delà des salles de spectacle, elle est également devenue une figure importante sur les réseaux sociaux. L’humoriste rassemble aujourd’hui plus de 730 000 abonnés sur Instagram et près de 500 000 sur TikTok, une visibilité qui contribue à amplifier la portée de son univers artistique. Cette présence numérique a également joué un rôle dans son retour au Québec. « J’avais plusieurs demandes du public québécois sur mes réseaux sociaux et on a décidé d’organiser des dates. » Comme souvent dans son parcours, l’initiative vient directement du lien qu’elle entretient avec son public.
Une dernière occasion de la voir au Québec
Avec Glory Alleluïa, Laura Laune propose un spectacle à la fois personnel et corrosif. Un spectacle où humour noir, introspection et liberté artistique se rencontrent. Et où le rire devient parfois une manière inattendue de parler du réel. Pour le public québécois, cette tournée sera l’une des dernières occasions de la voir défendre ce spectacle sur scène. Et de découvrir, une fois de plus, comment l’irrévérence peut parfois être une forme d’élégance.
Billets et informations : https://lauralaune.com
