Le saut dans le vide de Nicolas Feuz

Face à face avec l’écrivain et procureur suisse

Un roman policier qui se dévore en quelques bouchées, voilà ce que propose l’écrivain Nicolas Feuz avec “La secte”. Publié sous les éditions Rosie & Wolfe, la maison de Joël Dicker, l’auteur nous ramène dans une fiction inspirée de la tragédie de l’Ordre du Temple solaire. 

Entre 1994 et 1997, l’Ordre du Temple solaire (OTS) a cumulé 74 victimes dont l’âge variait entre 3 mois et 79 ans, dans des massacres perpétrés au Québec, en Suisse et en France. Suite aux événements du Vercors survenus en décembre 1995, un rapport d’enquête parlementaire français classa l’OTS comme secte. Une histoire que le principal intéressé a pris beaucoup de plaisir à ficeler. “Mes histoires peuvent bien sûr venir de mon métier, mais il y a le secret de ma fonction. Je ne peux pas prendre une affaire existante pour en faire un roman, mais je peux m’inspirer des généralités, des méthodes de travail de la police, du monde carcéral, des faits divers, etc. Je vais parfois prendre un détail spécifique d’un dossier ou m’inspirer d’un dialogue que j’ai déjà eu, mais je vais le détourner pour le rendre fictif”, dit-il alors que nous le joignons en visioconférence en Suisse.

Jongler entre deux professions

Le défi n’est pas simple pour celui qui doit aujourd’hui osciller entre sa passion pour l’écriture – qui devient de plus en plus un métier à temps plein – et son rôle de procureur. “Je suis procureur depuis 26 ans et je le serai encore pendant une année et, ensuite, je pourrai me consacrer à l’écriture à temps plein. Ça fait 6 ans que j’ai la chance de travailler en tant que procureur à temps partiel”, soulignant sa joie de découvrir des lecteurs de plus en plus nombreux au Québec.

Écrire son roman: un sprint

Nicolas Feuz mentionne que l’écriture de “La Secte” s’est faite en 32 jours, mais que son processus de création s’effectue en trois phases distinctes. “Je n’ai pas un rituel précis d’écriture, en tout cas je n’écris pas tous les jours de l’année. J’écris en trois phases: la construction du scénario, l’écriture et puis la révision et les corrections avec l’éditeur”, dit-il. Ce qui lui prend le plus de temps est la construction du scénario. “Au fur et à mesure que les idées viennent, je vais les noter dans mon ordinateur. Cette phase va se terminer par une pré-découpe du scénario que je vais diviser en chapitres.

Pour l’auteur, l’univers du roman policier est assez technique et casse-gueule. Rien ne doit être laissé au hasard. “Joël (Dicker) me dit qu’il écrit sans vraiment savoir où il va. Quand je vois son roman “La vérité sur l’affaire Harry Quebert” qui est extrêmement détaillé, avec de fausses pistes, des indices, de portes ouvertes à la page 50 qu’il faut refermer à la page 649, j’ai peine à imaginer que l’on peut écrire sans avoir une idée très précise de son histoire!”, ajoute Feuz qui voue une grande admiration au travail et au talent de son éditeur. 

Le goût de la lecture

Enfant de parents enseignants, c’est d’abord au sport que Nicolas Feuz s’est intéressé en premier. Plus tard, il découvre la bande dessinée puis, à l’adolescence, le roman policier. Ce n’est qu’en 2010 qu’il se met à écrire pour la toute première fois, en autoédition. “J’écrivais pour le plaisir, je ne cherchais pas à me faire publier”, continue-t-il. “J’ai finalement envoyé un manuscrit à des maisons d’édition françaises, notamment à Paris. On sait ce que c’est, il faut attendre entre 6 et 9 mois pour que les réponses viennent… réponses évidemment négatives. Parfois avec des lettres types qui nous laissent à penser qu’ils n’ont pas lu le manuscrit!

L’inspiration du récit entourant l’OTS est née dans son esprit il y a déjà plusieurs années. “Ça faisait 4 ou 5 ans que j’avais envie d’écrire un roman policier fictif, mais avec des éléments liés à l’Ordre du Temple solaire. J’aime bien accrocher une histoire fictive et contemporaine à des flashbacks réels”, dit-il. La tragédie de l’Ordre du Temple solaire a marqué l’imaginaire collectif en Suisse, au Québec et a attiré les médias de plusieurs coins du monde. L’histoire prend également place à Saint-Casimir et Morin-Heights, au Québec. “C’est à partir d’un combat d’experts qui a eu lieu en 2001 que j’ai construit toute ma partie fictive. Il y a certaines portes que je ne peux fermer puisque je laisse l’imagination au lecteur de décider la suite!

Tout dire… ou tout écrire

La question est particulièrement pertinente dans la mesure où Nicolas Feuz écrit alors qu’il occupe toujours une fonction de procureur qui l’amène à plonger quotidiennement au cœur de drames. “À travers mes 20 romans policiers, je n’ai jamais eu de pudeur ou de retenue, sauf lorsque je fais référence à des histoires existantes ou historiques. En revanche, dès qu’il s’agit de fiction, même si nous sommes dans l’horreur, j’aime appeler un chat un chat”, souligne-t-il. Dès l’écriture de son premier livre, sa mère lui a fait remarquer que tous les détails sordides n’étaient peut-être pas nécessaires. “Il est vrai qu’en littérature, suggérer au lieu de dire est parfois plus fort, mais c’est mon style!”, répond Feuz en riant.

Sa rencontre avec Joël Dicker

L’auteur suisse, fort sympathique d’ailleurs, a publié 8 livres en autoédition avant de faire paraître “Ultimatum”, co-écrit avec Marc Voltenauer, aux éditions Istya & Cie. Quelques-uns de ses romans se retrouveront chez Le Livre de poche. 

C’est en avril 2021 qu’il reçoit un appel de Joël Dicker, l’auteur ayant vendu plus de 15 millions d’exemplaires de ses livres autour du globe. “Sur le coup, j’étais certain qu’on me faisait un coup du premier avril!”, lance-t-il, tout sourire. “Joël me dit qu’il avait l’intention de fonder sa propre maison d’édition. Qui dit maison d’édition, dit aussi l’arrivée d’autres auteurs. Il est, à ce moment, à cheval entre “Le mystère de la chambre 622” et “L’affaire Alaska Sanders” et s’intéresse à mon travail.

Joël Dicker lui mentionne qu’il annoncera la création de sa maison d’édition en septembre 2021 et qu’il y aura une place chez lui dès 2023. Nicolas Feuz a tout de suite accepté.

Le procureur de 54 ans a reçu en 2022 le Prix de l’Évêché décerné par la police judiciaire de Marseille. Depuis, sa passion grandissante pour l’écriture devient une profession qu’il doit continuer d’apprendre à structurer. “Je veux garder le rythme et faire paraître un nouveau roman, chaque année, au mois d’octobre”, ajoute-t-il, soulignant que Dicker ne reste jamais bien loin et qu’il lui offre régulièrement des pistes pour améliorer ses manuscrits.

Et la suite?

En 2018, j’ai commencé à sortir des frontières suisses pour faire la promotion de mes livres. Ça a marqué un tournant pour moi et j’ai dû prendre la décision de réduire mon activité de procureur”, reprend Nicolas Feuz, ajoutant qu’il adorerait venir rencontrer les lecteurs dans les Salons du livre au Québec. “Là, je crois qu’il est temps que je me consacre à temps plein à l’écriture afin de retrouver un horaire normal, faire du sport et profiter de la vie!

Le roman “La Secte” est disponible dès maintenant dans toutes les librairies.
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