Ça y est, la palme de l’entrevue la plus hilarante de l’année est décernée à Jarry, cette méga star de l’humour en France qui a accepté de prendre quelques minutes de sa matinée (dans la tempête hivernale!) pour répondre à nos questions.
“Je me suis dit que je devais conserver des vivres, de l’eau, à manger!”, lance-t-il en riant. Jarry, de son vrai nom Anthony Lambert, est un humoriste, acteur, producteur, metteur en scène, animateur télé… bref, un “multitask”, comme on dit. Bien qu’il ne soit pas très connu ici, il n’en est pas à ses premières visites dans la province. “La première fois que je suis venu ici c’était dans le cadre d’un gala ComediHa et je ne connaissais rien du Québec! C’était au tout début de ma carrière, j’ai fait la rencontre de Sylvain (Parent-Bédard) et il m’a invité sur le festival. J’ai adoré!”, dit-il. “Je suis tombé en amour avec les gens et j’ai finalement croisé votre gastronomie!”, tout sourire.
C’est en 2013 que Jarry dévoile son tout premier one-man-show. Se croyant comédien, il n’a jamais pensé que l’humour ferait un jour partie de sa vie. “Je dois ma carrière au public et au producteur qui a cru en moi depuis le début. Je leur dois tout. Ce n’était pas en moi. Je voulais être un comédien, mais quand je faisais des expériences, les gens me disaient que j’étais drôle!”, souligne-t-il. Il mentionne le lien étroit qu’il entretient avec son producteur français Alexandre Mortier depuis près de 15 ans.
Parler et rire de tout
La question est largement débattue au Québec, depuis les dernières années. L’humoriste est catégorique: oui, on peut tout dire, dans le respect. “Je sais qu’ici au Québec vous êtes plus porté vers la “cancel culture”, ce qui existe beaucoup moins en France. Mais tout le sens de ce que je fais dans la vie, c’est la bienveillance. Je veux que les gens se disent qu’on peut être différent, mais qu’on peut vivre ensemble”, ajoute l’artiste de 47 ans. Son spectacle n’est pas spécialement adapté pour le Québec, mais il prendra plaisir à se faire une place dans le cœur des spectateurs. “Oui, j’ai quelques passages qui vont piquer, j’ai hâte de voir comment le public va réagir. Je ne veux pas choquer pour rendre les gens mal à l’aise, je veux présenter un spectacle où les gens rigolent, mais qui reste bienveillant!”
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En 2015, Jarry est pointé du doigt pour un sketch sur scène qui semble dépasser les limites. Il souhaitait dénoncer les violences faites aux femmes et semble-t-il que le numéro fut mal interprété. Lui rappeler cet événement le fait sourire puisque ses intentions ont toujours été sans malice, soutient-il. “Je pense qu’on peut rire de tout et avec tout le monde. En évitant de dire les choses, on laisse la place aux extrêmes. Je vais continuer à parler de sexualité, de religion, de vivre ensemble, d’éducation et de comportements déviants. Je vais en parler jusqu’à la fin de ma vie, en autant que ce n’est pas au détriment des autres”, alors qu’il présentera son spectacle “Bonhomme” à l’Olympia de Montréal. La soirée affiche déjà “complet”, une belle nouvelle pour l’humoriste. “Il faut dédramatiser et rigoler! Je veux juste que ce soit du bonheur!”
Assumer ce qu’il est
Depuis les dernières années, l’humoriste parle ouvertement de son homosexualité dans les médias. “J’ai essayé d’être hétéro jusqu’à l’âge de 27 ans! (rires) Le jour où j’ai décidé d’assumer mon homosexualité, j’ai guéri une sorte de colère en moi parce que je pense que j’aurais aimé ne pas être regardé toute ma vie pour ma sexualité”, dit-il. Quand il débute dans le métier, on l’invite rapidement à éviter de parler de sa sexualité afin de ne pas ternir son image. Il lui faudra quelques années avant de s’affirmer publiquement. “Je me suis surtout dit que je n’avais pas envie de mentir aux gens. Ensuite, j’ai voulu être papa parce que si je passais à côté de la paternité, j’aurais été aigri toute ma vie”, conclut l’artiste. Il est aujourd’hui père de jumeaux, Vic et Tim, âgés de 8 ans.
En entrevue avec Le Monde, en France, on lui parlait de ce que son “coming out” et de l’inspiration qu’il peut devenir pour le jeune garçon qui se questionne sur son identité. Est-il conscient qu’il inspire cette nouvelle génération? “Mon public est composé de gens de 7 à 97 ans et c’est ça ma plus belle des victoires. Tant mieux si mon message et ce que je suis peut inspirer les gens”, dit-il. L’artiste se dit être un grand enfant qui a simplement besoin de s’amuser et de vivre au maximum… par peur de mourir demain. “Je ne veux pas gâcher un centimètre carré de ce que je suis”.
Sur les réseaux
Les chiffres sont gigantesques: 1.7 million d’abonnés sur Instagram, 1.2 million sur Facebook, 1.5 million sur TikTok, un total de 18 millions de mentions “J’aime” et ce n’est pas près de s’arrêter. Jarry est une grande vedette française et manie aussi bien le jeu, l’humour, la mise en scène, la production que l’animation sur les plateaux français. Celui a triomphé à l’animation de “Tout le monde veut prendre sa place”, un rendez-vous télévisuel très suivi en France, a une opinion très favorable des réseaux sociaux. “Les réseaux, pour moi, c’est la sincérité. Quand je vois un truc qui me fait rire, j’ai envie de le partager avec les gens. Si je peux les faire rire ou leur donner le sourire, c’est réussi. L’humour, c’est comme l’amour. Une petite dose journalière nous met de bonne humeur!”
Se faire voir sur les réseaux, d’accord, mais la protection de sa vie privée est un combat qu’il mène avec vigueur. On ne sait rien sur l’homme qui partage sa vie et on ne verra jamais le visage de ses enfants. “Tout ce qui me concerne, ça ne me pose pas de problème de le montrer. Tout ce qui concerne mon entourage ou qui peut les mettre en danger, ce n’est pas leur choix, la notoriété. Si on passait un moment ensemble, je te demanderais l’autorisation de diffuser ton image sur mes réseaux sociaux. Il faut respecter le droit à l’image des gens”, dit-il.
L’avenir
Pour celles et ceux qui n’auront pas la chance de le découvrir ce vendredi, Jarry sera du côté du Théâtre Capitole de Québec le 23 avril 2026 et du côté du Théâtre St-Denis le lendemains. A-t-il des projets pour le Québec? “Je ne sais pas ce que j’ai envie de faire ici, d’abord parce que je ne veux pas trop m’éloigner de mes enfants. Je pense qu’il y a plein de choses qu’on peut faire en télévision ici pour faire du bien aux gens. Il y a le champ des possibles. Mais si on m’invite au Québec, j’y serai!”
Cette première rencontre avec Jarry était à la fois hilarante, touchante pour cet artiste que l’on sent sincère et particulièrement humain. “Je viens dire aux gens de ne pas passer à côté de qui ils sont. Être aimé dans le regard des gens qui t’ont déjà jugés, c’est une perte de temps. Aime les gens qui t’aiment tel que tu es”, conclut-il.
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