Le rapport SOUNDCHECK : La santé mentale dans l’industrie musicale canadienne, publié dans les dernières heures, dresse un portrait préoccupant de l’état psychologique des travailleuses et travailleurs du milieu musical. Menée à l’échelle nationale, cette recherche constitue la première étude exhaustive visant à mesurer les enjeux de santé mentale dans l’ensemble de l’écosystème musical canadien.
Dirigée par Catherine Harrison, présidente et fondatrice de la firme Revelios, l’initiative a débuté avec un sondage national lancé en septembre 2024. Le projet s’est rapidement transformé en une base de référence historique destinée à soutenir des changements structurels dans l’industrie. Jusqu’à maintenant, aucune donnée nationale spécifique n’existait sur la santé mentale de la main-d’œuvre musicale au Canada.
Au total, plus de 1 250 personnes ont participé à l’étude, dont 1 216 répondants au sondage bilingue, en plus de groupes de discussion et d’entrevues approfondies. L’échantillon comprenait non seulement des artistes, mais aussi des techniciens, gestionnaires, exploitants de salles, éducateurs, professionnels des médias, organisateurs de festivals et dirigeants, confirmant que les difficultés observées dépassent largement la seule réalité des artistes.
Des données alarmantes
Les résultats révèlent l’ampleur du problème au sein de l’industrie musicale canadienne :
- 94 % des répondants estiment que les enjeux de santé mentale sont répandus dans le milieu
- 86 % disent avoir personnellement vécu des difficultés liées à la santé mentale
- 53 % ont déjà eu le sentiment que la vie ne valait pas la peine d’être vécue et 43 % ont envisagé de se suicider
- 84 % affirment que le stress financier a un impact direct sur leur santé mentale
- Seulement 10 % considèrent que les dirigeants soutiennent activement la santé mentale en milieu de travail
Selon les chercheurs, ces données indiquent que l’industrie a atteint un point critique nécessitant des réformes profondes.
Un problème structurel
Le rapport remet en question l’idée répandue selon laquelle les enjeux de santé mentale dans le secteur musical seraient principalement liés aux artistes. Les résultats montrent plutôt une crise systémique touchant l’ensemble de la chaîne de production.

Parmi les facteurs les plus souvent cités figurent l’instabilité financière, les cultures de travail toxiques, la discrimination, les horaires irréguliers et le manque de soutien organisationnel. Les chercheurs concluent que les risques pour la santé mentale sont davantage liés à la structure du travail qu’à la résilience individuelle.
« Il ne s’agit pas de fragilité, mais de systèmes », souligne Catherine Harrison. Elle estime que lorsque plus de la moitié des répondants ont déjà eu le sentiment que la vie ne valait pas la peine d’être vécue, il s’agit d’un problème structurel nécessitant une remise en question des pratiques de gestion et d’organisation du travail.
Une mobilisation de l’industrie
Les résultats préliminaires, présentés en mai 2025, ont déjà suscité une importante réaction dans le milieu. Catherine Harrison a présenté les conclusions lors de plusieurs événements majeurs de l’industrie, notamment Departure Toronto Conference + Festival, NXNE et Capital Music Week, en plus de rencontres avec des entreprises et des leaders du secteur.
Au-delà du constat, le rapport propose plusieurs mesures destinées à améliorer durablement les conditions de travail dans le secteur musical. Parmi les principales recommandations figurent :
- une formation généralisée en littératie en santé mentale
- l’adoption d’un code de conduite national pour des milieux de travail psychologiquement sécuritaires
- le développement d’un leadership centré sur la sécurité psychologique
- la mise en place de systèmes de soutien accessibles et préventifs
- des réformes structurelles pour réduire la précarité et l’instabilité des revenus
Le rapport appelle à une réforme collaborative impliquant gouvernements, organismes culturels, festivals, salles de spectacles, maisons de disques et établissements d’enseignement. L’étude positionne ainsi le Canada comme un acteur potentiel de premier plan dans le développement de modèles plus durables et plus humains pour la main-d’œuvre musicale.
Le projet est porté par Soundcheck Collective, un organisme national à but non lucratif qui soutient les professionnels de la musique par la formation, l’éducation en santé mentale et le développement du leadership.
