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Un dernier tour de piste, sur scène

Entrevue avec l’imitateur Pierre Verville
Crédit photo: Gracieuseté

À l’entendre parler de son nouveau spectacle, Pierre Verville ne donne absolument pas l’impression d’un artiste qui compte les jours avant la retraite. Il rit, parle de ses personnages avec affection et répète à quel point il prend plaisir à remonter sur scène. Pourtant, Pour une dernière voix pourrait bel et bien être son dernier one-man-show.

Cette décision, l’imitateur l’a mûrement réfléchie. « Il faut savoir quitter, à un moment donné. Je ne veux pas m’accrocher. Je pense que c’est un bon timing pour moi », confie-t-il en entrevue au Carnet. L’idée derrière Pour une dernière voix ne date pourtant pas d’hier. Verville et son complice Pierre-Michel Tremblay commencent à y réfléchir dès 2013, avant de mettre le projet de côté. Ils le reprennent en 2017 et terminent son écriture en 2019. Puis survient la pandémie.

Sept ans plus tard, le spectacle arrive finalement sur scène. Et le temps qui s’est écoulé lui donne presque naturellement des airs de bilan. « Je pense que c’est vraiment le show qui peut être le dernier parce que je me sers de tout ce que j’ai fait dans ma vie. On sait qu’un show peut durer deux ans et, dans deux ans, est-ce que je voudrais remonter sur scène? J’ai bien réfléchi et non. »

Une nuit dans la tête de Pierre Verville

Pour une dernière voix n’est toutefois pas construit comme une rétrospective traditionnelle. L’humoriste parle plutôt d’un spectacle de variétés, à mi-chemin entre le théâtre, l’humour, la musique et l’imitation. Le point de départ : ses insomnies. « J’ai beaucoup de difficulté et c’est vrai, j’écoute la radio pour m’endormir. Dans mon demi-sommeil, je m’entends animer une émission de nuit. »

Dans le spectacle, cette émission imaginaire prend vie. Le public devient l’auditoire nocturne de Verville, qui navigue entre ses souvenirs, les grands moments de l’histoire et les nombreuses voix qu’il a incarnées au fil de sa carrière. L’ensemble comporte ainsi une dimension biographique, mais lui permet également de faire découvrir des pans moins connus de son parcours.

L’écriture est principalement signée avec Pierre-Michel Tremblay, mais l’imitateur a aussi fait appel à quelques vieux complices pour peaufiner certaines portions. François Léveillée a notamment contribué à l’écriture de gags, tout comme Yvon Landry, qui écrivait les éditoriaux de Et Dieu créa… Laflaque. La musicienne Nadine Turbide l’accompagne sur scène et devient une véritable partenaire de jeu. Une présence suffisamment importante pour que l’humoriste ait insisté afin qu’elle participe même aux représentations de rodage. « Ça fait 35 ans que je n’ai pas eu quelqu’un avec moi sur scène. Même les shows de rodage, je disais à la production : “Coupez-moi un bout de salaire, je veux qu’elle soit là!” »

Une carrière à sa manière

Cette envie d’être entouré n’étonne pas lorsqu’on regarde les projets qui ont occupé une bonne partie de sa carrière. À la semaine prochaine aura duré 17 ans, Et Dieu créa… Laflaque, 16 ans, et C’est bien meilleur le matin, 15 ans. À la radio, particulièrement, il dit avoir trouvé le plaisir de créer en équipe et, surtout, d’apprendre à parler avec sa propre voix après avoir passé une grande partie de sa carrière à emprunter celles des autres. « Je faisais beaucoup de choses, mais sans être vu nécessairement. J’aime bien faire un petit saut dans une série ou quoi que ce soit, puis ensuite me retirer. »

Ce rapport à la célébrité explique peut-être aussi la longévité de sa carrière. Verville raconte avoir régulièrement refusé des propositions pourtant lucratives simplement parce qu’elles ne lui procuraient pas suffisamment de plaisir. « Même quand j’avais des enfants en bas âge, je refusais quand même de faire des affaires. J’aimais mieux baisser mon train de vie que d’être obligé de travailler sans arrêt dans ce qui ne me plaît pas. » Une philosophie qu’il semble avoir conservée jusqu’à aujourd’hui.

Imitateur depuis l’enfance

En février prochain, il y aura 50 ans que Pierre Verville présentait son premier one-man-show. Mais son histoire avec l’imitation remonte encore plus loin. Originaire d’Arthabaska, il raconte avoir su dès l’âge de sept ans qu’il voulait faire ce métier. Quelques années plus tard, il apprenait par cœur les disques des Cyniques, de Sol et d’Yvon Deschamps. Puis il découvre Jean-Guy Moreau. « J’ai vu qu’on pouvait faire des imitations. J’ai vu Jean-Guy Moreau et je me suis dit que je pourrais le faire, moi aussi. […] À un moment donné, je savais que j’allais devenir un imitateur. »

Un demi-siècle plus tard, il constate toutefois que la relève est plutôt rare dans cette discipline. « Je trouve qu’il n’y a pas beaucoup d’imitateurs, il n’y a pas beaucoup de jeunes qui font de l’imitation. Je trouve que c’est un beau véhicule, un peu comme un caricaturiste. » Il aimerait d’ailleurs que Pour une dernière voix puisse donner à certains le goût de s’y essayer.

La dernière tournée, mais pas les dernières voix

Parler de dernier one-man-show ne signifie donc pas nécessairement parler des adieux de Pierre Verville. Il laisse volontiers la porte ouverte à un retour au théâtre d’été, à la radio ou à d’autres projets qui lui permettraient de ressortir ses personnages. Il n’éprouve d’ailleurs pas le besoin de faire le deuil de ses voix.

Pour l’instant, son objectif est plutôt de faire vivre Pour une dernière voix le plus longtemps possible, notamment en visitant de plus petites salles à travers le Québec. Et lorsque la scène prendra éventuellement moins de place, Verville ne semble pas inquiet de savoir comment occuper ses journées. Grand passionné d’ornithologie, il rêve déjà de voyages consacrés aux oiseaux. Il est aussi grand-père : sa petite-fille vient tout juste d’avoir un an.

Pas question de s’accrocher. Pas question non plus de prononcer de grands adieux. Seulement l’envie de monter une dernière fois sur scène en solo, de ressortir toutes ces voix accumulées pendant un demi-siècle et, surtout, d’avoir encore beaucoup de plaisir à le faire.

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