Derrière les millions de vues, un amoureux du stand-up

Entrevue avec Tom Baldetti

 / En entrevue avec Michaël Grégoire

Le grand public l’a découvert grâce à La Sardine, ce personnage marseillais devenu viral sur les réseaux sociaux. En quelques mois, Tom Baldetti est passé du statut d’humoriste de la relève à celui de phénomène numérique, rassemblant aujourd’hui plus d’un million d’abonnés. Pourtant, lorsque nous le rencontrons à l’occasion de son passage à Montréal, il insiste sur un point : derrière les vidéos qui défilent sur Instagram, il y a surtout sept années de travail sur les scènes de stand-up.

Pour lui, le succès n’a rien d’un coup de chance tombé du ciel. Il est plutôt le résultat d’une longue période où il écrivait, montait sur scène et publiait du contenu avec une remarquable constance. « Le succès est arrivé après des années de travail et un peu de chance sur les réseaux sociaux. Ça fait des années que je publie très régulièrement et, il y a deux ans, la sauce a pris. J’ai enfin eu la visibilité suffisante pour jouer dans des salles un peu plus grandes. Mais je n’ai jamais arrêté de travailler. » Si les réseaux sociaux lui ont offert une visibilité exceptionnelle, ils n’ont jamais remplacé, à ses yeux, son véritable métier : celui d’humoriste de scène.

La scène avant tout

Cette distinction est d’ailleurs essentielle dans son parcours. Bien qu’il soit aujourd’hui associé à La Sardine, ce personnage haut en couleur qui a fait exploser sa popularité, Tom Baldetti refuse que son travail se résume à quelques capsules humoristiques. Ce personnage, explique-t-il, l’accompagne depuis l’enfance. « C’est quelque chose que je fais depuis que je suis tout petit pour faire rire mes amis. Un jour, je l’ai publié sur Instagram et c’était ça! Je ne m’attendais pas à ce qu’il prenne autant de place. » Derrière le succès viral demeure toutefois une volonté très claire : utiliser Internet comme une porte d’entrée vers la scène. « Je veux montrer aux gens qui me suivent que, oui, je fais des réseaux sociaux, mais que je monte avant tout sur scène en tant qu’humoriste. »

Cette différence se ressent aussi dans son écriture. Les vidéos publiées en ligne répondent à des codes très différents de ceux du spectacle. « Sur les réseaux sociaux, c’est plus léger, plus stupide, alors qu’en stand-up, c’est plus profond. » Son spectacle lui permet d’aborder des thèmes qui lui tiennent véritablement à cœur, notamment la famille, les relations humaines, l’amitié et la parentalité. Ces réflexions ne sont pas choisies au hasard; elles correspondent simplement à l’étape de vie dans laquelle il se trouve aujourd’hui. Ayant grandi dans un environnement familial bienveillant, soutenu très tôt par ses parents dans ses choix artistiques, il ressent aujourd’hui le besoin d’explorer ces questions avec son public.

Écrire autour d’un thème

Son processus d’écriture reflète cette volonté de partir d’une émotion plutôt que d’une simple mécanique humoristique. Les idées surgissent au fil du quotidien, souvent de manière spontanée, avant d’être soigneusement notées dans son téléphone. « Tout ce qui me traverse l’esprit, je le note. Ensuite, je choisis des thématiques. Chez moi, le sujet vient avant la blague. Je construis mes anecdotes autour d’un thème. » Cette méthode donne à son spectacle une cohérence qui dépasse l’enchaînement de gags. Les rires naissent d’abord d’une observation sincère de la vie avant d’être transformés en humour.

Impossible toutefois d’évoquer le parcours de Tom Baldetti sans parler des réseaux sociaux, qui ont profondément changé sa carrière. Au moment même où nous lui parlions, il venait d’ailleurs d’apprendre, depuis Montréal, que sa communauté venait de franchir le cap symbolique du million d’abonnés. S’il reconnaît sans hésiter l’importance de ces plateformes dans son ascension, il en voit également les limites. « C’est un outil indispensable, qui a changé ma vie, mais il peut aussi être malsain. » Cette visibilité s’accompagne, selon lui, d’une responsabilité particulière, notamment auprès des plus jeunes qui consomment quotidiennement ce type de contenu. Il affirme être conscient qu’une importante communauté implique aussi une certaine influence et qu’il est essentiel d’en mesurer les conséquences.

Le bonheur de revenir à Montréal

L’humoriste se réjouit surtout de retrouver un public qu’il affectionne particulièrement. Contrairement à ce qu’il imaginait, il n’a presque pas eu besoin d’adapter son spectacle pour le Québec, les thèmes abordés étant suffisamment universels pour résonner des deux côtés de l’Atlantique. Il ajoutera simplement quelques clins d’œil à Montréal et à la culture québécoise.

Ce qui le marque le plus, toutefois, c’est l’énergie des spectateurs d’ici. « J’ai rarement vu un public aussi expressif et chaleureux que celui du Québec. Ici, les gens viennent pour rire. À Paris, parfois, on a l’impression qu’ils viennent parce qu’ils ont payé leur billet! Ici, faire rire, c’est beaucoup plus agréable. »

Malgré les millions de vues, les personnages devenus viraux et l’immense visibilité qu’il a acquise, Tom Baldetti parle toujours de son métier avec la même simplicité. Les réseaux sociaux lui ont permis de se faire connaître, mais ils ne constituent pas une finalité. Ce qui l’anime demeure la scène, cet espace où les silences, les regards et les éclats de rire ne peuvent être remplacés par aucun algorithme. C’est là, devant un public bien réel, qu’il continue de construire son parcours, un spectacle à la fois.

Tom Baldetti sera de passage à l’Olympia de Montréal ce samedi 18 juillet.

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