Quand le désir de partir devient une manière de se retrouver

« Inconnus » de Marianne Brisebois

/ Un texte de Michaël Grégoire

Il y a de ces livres qui nous happent. Inconnus, de Marianne Brisebois, fait partie de ceux-là. De ces romans dans lesquels on plonge sans trop savoir pourquoi, mais dont on ne ressort plus vraiment pareil. Je l’ai lu en un seul week-end, presque sans m’en rendre compte. Et en refermant la dernière page, une évidence s’est imposée : Marianne Brisebois fait définitivement partie des autrices que j’ai hâte de relire.

Le fantasme du départ… et ce qu’il cache

Il nous est tous déjà arrivé d’avoir envie de partir. De décrocher. De s’imaginer ailleurs, dans une autre vie, avec d’autres repères. Ce désir, parfois flou, parfois pressant, traverse Inconnus de part en part.

À travers Laurence, professeure de français et écrivaine en quête d’elle-même, l’autrice explore ce besoin d’évasion. Après une rupture, le personnage se lance dans une série de relations avec des hommes venus d’ailleurs, comme si la distance culturelle pouvait offrir une forme de vérité plus brute, plus directe. Mais derrière ce mouvement vers l’autre, il y a surtout une tentative de se rapprocher de soi. Et c’est là que le roman trouve toute sa force.

Un récit profondément ancré dans notre époque

Ce qui frappe chez Marianne Brisebois, c’est sa capacité à écrire le réel sans jamais l’alourdir. Son écriture est ancrée dans notre quotidien, dans nos réflexes contemporains, dans nos contradictions aussi. On reconnaît les questionnements. Les hésitations. Les moments où tout semble possible… et ceux où plus rien ne l’est.

Lorsque Laurence quitte pour l’Angleterre afin de se recentrer et retrouver le fil de son écriture, on comprend rapidement que le déplacement géographique ne règle rien. Les attentes sociales et les doutes suivent. Peu importe où l’on va, on ne se quitte jamais vraiment.

Une écriture sensible et juste

Marianne Brisebois signe ici une autofiction d’une grande lucidité. Elle ne cherche pas à embellir, ni à juger. Elle observe. Elle expose.

« Je m’accroche au temporaire, pour recommencer encore et encore, repousser la construction d’un vrai présent. » Cette phrase résume à elle seule l’essence du livre. Il est question d’instabilité, oui. Mais aussi de liberté. De choix assumés, même lorsqu’ils sont inconfortables. L’autrice met en scène ses zones floues avec une honnêteté désarmante. Et c’est précisément cette vulnérabilité qui rend le récit si puissant.

Au cœur du roman, il y a aussi cette tension entre le désir d’indépendance et celui de se sentir accueilli, compris, apaisé par l’autre. Inconnus parle d’amour, mais sans romantisme facile. Il parle de liens, de rencontres, de passages. De ces relations qui ne durent pas toujours, mais qui marquent. Et surtout, de cette quête universelle : trouver un équilibre entre solitude et attachement.

Un roman qui reste

Ce qui distingue Inconnus, c’est sa capacité à faire cohabiter douceur et intensité. Le roman ne cherche jamais à impressionner, et pourtant, il touche profondément. Il fait rêver, oui. Mais il fait aussi réfléchir. Sur nos choix. Sur nos trajectoires. Sur cette manière que nous avons, parfois, de repousser le moment d’habiter pleinement notre vie.

En ce début d’année, rares sont les livres qui m’ont laissé une impression aussi forte. Et pour ça, Marianne Brisebois mérite toute notre attention. Pour découvrir le livre, disponible en librairies dès le 8 avril, cliquez ici.

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