C’est en août 2024 que Marie-Pierre Arthur dévoile “Album bleu”, son cinquième opus en carrière. Nous avons eu le bonheur de nous entretenir avec l’autrice-compositrice-interprète, entre deux répétitions, pour aborder son parcours, son processus de création, l’élan de ses chansons et son regard sur l’industrie.
Ce nouveau projet fascine, captive et nous transporte dans un univers constamment renouvelé. “Un coup de volant”, mentionnent certains médias. “Pourtant, je suis la personne dans toute mon entourage qui aime le moins le changement!”, lance-t-elle. D’un album à l’autre, l’artiste nous amène dans un univers changeant et explore des teintes musicales qui se différencient largement de ce qu’elle a présenté auparavant. “Musicalement, on dirait que ça me prend une esthétique qui m’apparaît dans ma tête avant de me lancer. Je jase avec Frank (François Lafontaine, son conjoint, collaborateur et réalisateur), je me dis que je feel pour ce type de “tone”, de “groove”. Je veux sentir que c’est un peu nouveau. Sinon, c’est facile de retomber dans quelque chose où je me répète”, dit-elle.
Son processus de création
Et comment perçoit-elle ce que d’autres qualifient de virage musical, d’un album à l’autre? “C’est ce que tout le monde me dit, alors ça doit bien être vrai! Mais quand je commence à créer, je ne donne pas la mission d’aller ailleurs. On me parle souvent de “coups de volant”, mais je ne pense pas à ça lorsque je crée”, ajoute Marie-Pierre Arthur.
L’idée de cet album était d’abord de créer des univers sonores, des ambiances qui sont nées d’un contrat que devait réaliser le couple. “Avant qu’on se lance dans l’album, François et moi avons fait des ambiances sonores pour un livre audio. C’était ça, le “mood”, pas celui d’écrire des chansons. Ça s’approchait de l’arrangement, mais sans le formater. J’ai trouvé ça l’fun en maudit!”, dit-elle. La Gaspésienne a apprivoisé ce type d’écriture pour la toute première fois. “Dans la création des albums précédents, les mélodies venaient en premier. Là, c’était d’abord des sonorités. J’ai capté des extraits de 10 ou 15 secondes de certaines ambiances et ça m’a donné envie d’écrire des chansons”.

Ce n’est pas la première fois qu’un album de Marie-Pierre Arthur fait jaser par son originalité et par les sonorités renouvelées que propose l’artiste. C’est d’ailleurs ce qui nous attire le plus chez cette artiste qui est aujourd’hui une incontournable de la scène musicale québécoise et dont les œuvres sont bien ancrées dans le cœur du public. “Même en 2015, “Si l’aurore” avait beaucoup surpris! C’était un peu avant que cette esthétique redevienne à la mode. J’avais entendu des trucs dans la musique “indie” qui tendait vers ça et je suis allé “all in”. Disons que ce n’était pas tout le monde qui était prêt à entendre ce type de “groove” et d’harmonies vocales qui rappellent les années 80”, dit-elle, mentionnant avoir gagné un plus jeune public, mais avoir peut-être fait peur à certains “vieux rockeurs”. On est en effet passé d’un rock assumé à un album où le synthétiseur est roi. Pour elle, l’important est de rester authentique à ce qu’on a envie de faire. “Je pense qu’il ne faut jamais arrêter de s’amuser. Si on ne s’amuse pas, le public ne va pas nous suivre”.
L’équilibre
Marie-Pierre Arthur nous a habitués à faire paraître un album tous les trois ans, même si une pause plus longue s’est installée entre le 3e et le 4e album. Après le disque “Si l’aurore” contenant les succès radio “Rien à faire” et “Papillons de nuit”, il faudra attendre 5 ans avant de faire paraître l’album “Des feux pour voir”. Une période de pause dont elle avait besoin. “Ma vie était plus complexe entre ces deux albums, j’en avais besoin. J’avais un enfant plus jeune, c’était plus compliqué de partir. C’est là que j’ai pris une longue pause avant de revenir. Mais je sens qu’il n’y a jamais rien qui presse”, mentionne celle qui crée depuis le jour 1 avec François Lafontaine, auteur-compositeur-interprète, artiste multidisciplinaire, notamment connu en tant que claviériste du groupe Karkwa. Comment fonctionne cette énergie créative entre eux? “Ça nous prend une grande communication, étant donné que j’ai des envies assez précises. Je dois vraiment me réserver des moments pour créer et j’y vais à mon rythme”, dit-elle. “Quand je suis en recherche, on se présente des affaires, mon idée se précise, j’écris, j’écoute, je joue. Ensuite, on se voit, François et moi, et on compose”. Pour elle, le duo créatif est à contre courant de l’expression qui se ressemble s’assemble. “On n’a pas les mêmes forces, c’est ce que je trouve beau”, conclut l’artiste.
Des collaborations et de beaux moments
Sur cet album, on ressent que Marie-Pierre Arthur a voulu réunir plusieurs artistes de divers milieux pour se joindre à elle. On y retrouve notamment Mantisse (LaF) et Rose Perron (Rau Ze) qui viennent poser leur voix sur deux pièces du disque. “Réunir le monde a toujours été ma volonté, mais c’est vrai que j’ai beaucoup collaboré sur celui-là. J’avais envie de toujours rencontrer des gens, surtout dans une phase de création où je ne sors pas souvent de chez moi. J’en profite pour faire de belles rencontres, ça crée des liens et de l’intimité”, dit-elle. C’est un peu comme si elle organisait son propre party? “J’organise mes futures amitiés!”, conclut-elle en riant.
La chanson “Paradis” est particulièrement touchante. “J’ai trouvé un endroit, un paradis juste à toi”, chante-elle. “J’ai besoin de regarder dans le vide souvent, ça me fait du bien. J’ai écrit cette chanson pour mon fils qui est comme moi: hypersensible. C’était comme une prière que je voulais lui adresser. Je voulais lui dire de ne pas s’en faire, que j’ai trouvé un endroit où il sera à l’abri. J’aimerais que cet endroit soit moi, tout simplement. Moi qui le prends dans mes bras”. Quel regard porte l’autrice-compositrice-interprète sur le matériel passé de son répertoire? “Quand j’entends l’une des mes chansons, je me souviens de la manière dont je me sentais quand je l’ai écrite. Je me souviens de tout ce que je vivais, c’est comme une odeur qui te rappelle un bon moment”.
Bien entourée
Marie-Pierre Arthur peut compter sur la fidélité de professionnels qui l’accompagnent depuis des années. C’est au label Simone Records qu’elle fait confiance (dont le propriétaire est aussi le gérant de Karkwa), Les Yeux Boussoles en booking et production de spectacles, Projet Caravelle aux relations de presse, Nat Corbeil à la promotion radio et à sa gérante, Flavie Melançon. Cet esprit de gang, elle adore ça. “Je pense que je suis old school! Tant qu’on ne tire pas sur la “plug”, je vais prendre tout ce qu’il y a. Il y a quelque chose de l’fun dans le fait d’avoir des plus grandes équipes. Je profite beaucoup de ça!”, souligne-t-elle.
On profite des dernières secondes de notre échange pour parler d’avenir et de ce qui se dresse sur sa liste des rêves à accomplir. “J’espère que toute ma vie sera surprenante. J’aimerais avoir l’occasion de me retrouver à collaborer avec un artiste que je n’avais pas vu venir. J’espère qu’il me reste des millions de surprises!”, dit-elle, tout sourire.
Marie-Pierre Arthur est présentement en tournée. Pour toutes les dates et actualités, cliquez ici.