Chaque semaine, nous déposons nos sacs et nos bacs au bord de la rue. Puis nous retournons à nos occupations, presque certains que tout aura disparu quelques heures plus tard. Nous connaissons le bruit des camions, parfois l’heure de leur passage, mais que savons-nous réellement des hommes et des femmes qui ramassent nos déchets? Et surtout, que racontent ces montagnes d’ordures sur notre manière de vivre?
C’est dans cet univers que nous entraîne Simon Paré-Poupart avec Ordures! Journal d’un vidangeur, un petit livre de 144 pages publié chez Lux Éditeur. Un ouvrage que j’ai littéralement dévoré, tant pour la singularité de son sujet que pour la sensibilité de son auteur. Les pages défilent à une vitesse étonnante et, rapidement, on se surprend à s’attacher à cet homme qui a choisi de faire de la collecte des ordures son métier, mais aussi une véritable passion.
Un métier qu’on croyait connaître
L’une des grandes réussites du livre réside dans sa capacité à rendre fascinant un quotidien qui, à première vue, pourrait sembler répétitif. Paré-Poupart raconte les tournées, les rencontres, les collègues, les difficultés et les petits moments qui ponctuent les journées de travail. Il nous présente un univers où l’effort physique côtoie la solidarité, où les personnalités se révèlent au fil des kilomètres et où l’humour trouve souvent sa place malgré la rudesse des conditions.
On découvre également un homme qui refuse de considérer son métier comme une occupation de second ordre. Pour lui, ramasser les ordures n’est ni une fatalité ni une situation dont il faudrait nécessairement chercher à s’extraire. C’est un choix, une activité qui lui procure une satisfaction bien réelle et qui lui permet d’observer la société sous un angle auquel peu de gens ont accès.
Cette perspective est d’autant plus intéressante que l’auteur possède une formation universitaire en sociologie et a également œuvré dans le domaine de l’intervention sociale. Son regard sur le travail, les rapports humains et les inégalités dépasse donc largement le simple témoignage professionnel. Il observe, réfléchit, questionne et, surtout, raconte avec une franchise désarmante.


Une critique sociale qui frappe juste
Le bouquin nous invite à réfléchir à notre rapport à la consommation, à la valeur que nous accordons aux objets et à cette étrange facilité avec laquelle nous nous débarrassons de ce qui ne nous sert plus.
Ce que nous jetons en dit parfois davantage sur nous que ce que nous choisissons de conserver. Les poubelles deviennent ainsi un miroir de nos habitudes, de nos excès et de nos contradictions. Elles révèlent aussi les différences sociales, les inégalités et la façon dont notre société organise le travail nécessaire pour faire disparaître les traces de sa propre consommation.
Mais l’auteur ne s’arrête pas aux objets. Il s’intéresse également à la manière dont nous considérons ceux qui les ramassent. Pourquoi certains métiers essentiels demeurent-ils aussi peu valorisés? Pourquoi associons-nous si facilement la saleté d’un travail à la valeur de la personne qui l’exerce? Et comment expliquer que nous dépendions collectivement de travailleurs auxquels nous accordons si peu d’attention?
Un auteur attachant, une voix singulière
Au-delà de son sujet, Ordures! m’a surtout permis de découvrir un auteur dont la voix possède une personnalité bien à lui. Simon Paré-Poupart écrit avec naturel, humour et sensibilité. Il sait observer les détails du quotidien et leur donner une signification qui dépasse largement l’anecdote.
Son écriture est accessible, vivante et ponctuée de réflexions qui nous amènent parfois à sourire, parfois à nous arrêter quelques instants. On sent chez lui un attachement sincère aux personnes qu’il côtoie, mais aussi une curiosité constante pour les mécanismes sociaux qui influencent nos comportements.
Un succès qui dépasse les frontières
Publié au Québec en septembre 2024, Ordures! Journal d’un vidangeur a connu un parcours remarquable. Le livre a rejoint un vaste lectorat, avant de susciter l’intérêt à l’étranger. Traduit en anglais sous le titre Trash! A Garbageman’s Story, il a notamment retenu l’attention du New York Times, tandis que sa publication européenne, au printemps 2026, lui a ouvert de nouveaux horizons.
Ce rayonnement est particulièrement intéressant pour un ouvrage qui ne repose ni sur une intrigue spectaculaire ni sur une personnalité déjà célèbre. Il témoigne plutôt de la portée universelle de son propos. Peu importe où l’on habite, nous produisons tous des déchets et dépendons de personnes qui acceptent de les ramasser. Pourtant, nous prenons rarement le temps de réfléchir à cette réalité.
Malgré cette reconnaissance, Simon Paré-Poupart continue d’exercer son métier. Une décision qui semble parfaitement cohérente avec l’homme que l’on découvre dans son livre : quelqu’un qui ne considère pas la collecte des ordures comme une étape provisoire, mais comme une activité à laquelle il demeure profondément attaché.
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