C’est dans le Mile-End, à Montréal, que Slimane nous donne rendez-vous. En plein mois de décembre, la mégastar française débarque pour la deuxième fois au Québec. On vous invite à découvrir une entrevue très personnelle et posée avec un artiste pour qui les derniers mois ont été des plus mouvementés.
L’artiste dévoile “Il faut que tu saches”, un 4e projet en carrière qu’il décrit comme étant des plus personnels. On y parle de la nature humaine, d’amour, de regrets, de peines et, surtout, de pardon. « C’est la première fois que je fais un album aussi court et je crois que ce format a permis une écoute différente de l’album. » Un format resserré qui impose le silence, comme s’il nous proposait une conversation avec un ami. Un album direct, sans artifice et avec toute son authenticité. « Il reste que cet album est sans doute le plus intime, le plus personnel, parce qu’il n’y a aucune chanson qui va autre part. »

Écrire pour disparaître un instant
S’il est aujourd’hui reconnu à travers toute la francophonie comme chanteur et interprète, c’est dans l’écriture que Slimane trouve le feu. « L’écriture a été salvatrice pour moi. Si je chante aujourd’hui, c’est en grande partie parce que j’écris des chansons et pas le contraire. »
Lorsqu’on reconnaît sa plume, notamment dans les chansons qu’il a offertes à d’autres interprètes, il y voit un accomplissement profond. « C’est l’un des plus beaux compliments qu’on puisse me faire. » C’est d’ailleurs un exercice qu’il adore parce que cela lui permet de se glisser dans la peau de quelqu’un d’autre et de se permettre de dire les choses différemment. Il insiste sur cette relation particulière entre l’auteur et l’interprète. « On doit se parler de ce qui nous touche, il y a quelque chose de très intime entre l’artiste et l’auteur qui lui fera une chanson. »
Mais cette intimité nécessite une distance. « Mon processus est d’abord de discuter avec l’artiste, mais pas trop non plus. Quand on est trop proche de quelqu’un, il y a des choses qu’on ne peut plus lui dire ou qu’on a du mal à évoquer. Je veux en savoir assez pour écrire une chanson, mais garder cette liberté de pouvoir aller à un endroit où je ne serais peut-être pas allé si j’étais proche. » Chaque chanson offerte contient une part de lui. « J’essaie de les écrire comme si c’était pour moi, avec le même cœur et la même émotion. On me fait le cadeau de me demander une chanson, mais j’en fais un aussi en offrant une partie de qui je suis. »

Les rendez-vous qui changent une trajectoire
Certaines rencontres prennent des allures de vertige. Slimane se souvient encore très clairement du jour où Lara Fabian l’appelle. « Elle m’a invité à dîner et nous apprenons à nous connaître. Vers le milieu du repas, elle me dit que si elle m’a rencontré, c’est parce qu’elle souhaite que j’écrive son prochain album. » L’artiste est très surpris de la demande. « Ma première réaction a été de lui dire que je ne saurais pas le faire. C’était Lara Fabian! », lance Slimane en riant. Il parle aussi avec une émotion intacte de Vitaa que l’on a notamment connue au Québec pour “Confessions nocturnes”, ce “hit” de karaoké. « C’est l’une des plus belles rencontres que j’ai faites de ma vie. Ce qu’on a vécu sur la tournée Versus, c’est quelque chose qu’on ne vit qu’une fois dans une vie. » Au-delà du succès, ce sont les chansons qui demeurent. « Je crois qu’on fait ce métier pour ça, pour qu’elles résonnent dans le quotidien des gens. »
L’étincelle, puis la confiance
Le désir de chanter apparaît très tôt dans la vie de l’auteur-compositeur-interprète dont les racines sont algériennes. « La première fois que je chante devant mes parents, je dois avoir dix ans et on me dit que c’est bien. Il faut laisser rêver nos enfants. Mes parents ne m’ont jamais dit que je ne pourrais pas y arriver. » Puis viennent les premières scènes. « Je me souviens des premiers concerts, des premiers pianos-bars où d’un seul coup, quand tu chantes, les gens commencent à t’écouter pour vrai. Ces moments m’ont donné confiance et je me suis mis à écrire. »
Son processus d’écriture, justement, est multiple et mouvant. « J’ai plein de manières d’écrire. Les idées de chansons, je peux les avoir n’importe quand. J’ai tellement de notes dans mon dictaphone, mais la plupart du temps, c’est en studio que la magie opère. » Avec Meïr et Yaacov Salah, réalisateurs de l’album, qu’il rencontre vers l’âge de 15 ans, la création est devenue presque instinctive. « J’arrive en studio en disant que je veux faire une chanson qui parle d’un sujet précis. Ils se mettent au piano, à la guitare, et ça part comme ça. »
L’extrait “Mon amour”, succès planétaire, reste emblématique de cette alchimie entre l’intime et l’universel. « Je suis en Suisse et je dois faire un concert. Mon ex de l’époque devait venir et finalement, j’apprends que personne ne va venir. J’ai décidé d’en faire une chanson », se souvient le chanteur. Le paradoxe le touche encore aujourd’hui. « C’est fou parce que je raconte l’histoire d’un cœur brisé, mais aujourd’hui, des gens se marient sur cette chanson. » Il se rappelle que la pièce est née rapidement, elle est apparue à lui comme une évidence. On connaît la suite: elle a touché le cœur de millions de personnes.
Être artiste, sans devoir se justifier
Slimane refuse l’étiquette d’artiste politique au sens strict, même s’il s’est régulièrement exprimé dans les médias et sur les réseaux sociaux concernant des enjeux de société. « Je crois que le fait de décider d’être artiste est un geste politique. Cela dit, je ne fais pas partie des gens qui pensent que l’art doit être politisé. » Avec le temps, toutefois, certaines questions s’imposent et il se permet davantage de coucher sur papier. « Dans cet album, j’ai écrit la chanson “À quoi je sers?” que je n’aurais peut-être pas pu écrire il y a quinze ans. » Il évoque aussi la nature humaine, telle qu’il la perçoit et la chante. « Je parle d’humanité dans toute sa splendeur et sa noirceur. L’être humain peut être beau, mais aussi faible ou mauvais. On a tous un peu de ça en nous. » Pour lui, l’acceptation précède l’évolution. « Lorsqu’on a accepté qui on est, on peut viser à devenir plus. »
Le Québec, une résonance naturelle
Sa relation avec le Québec est teintée d’évidence. « À l’époque, j’étais en tournée internationale et le Québec était l’un des seuls pays où on allait vraiment comprendre ce que je chantais! J’avais l’impression d’être à la maison. » Il y note aussi une différence marquante. « En France, on fait beaucoup attention à la chanson et au texte, alors qu’au Québec, on s’attache beaucoup plus à la voix. Il y a cette conscience de l’expérience vocale en plus de tout le reste. »
Retrouver l’envie d’écrire
Après dix années sans pause, Slimane traverse des mois de silence. « Il y a eu un moment où je n’y arrivais plus du tout. Je ne voulais plus sortir d’albums, je n’avais pas envie. Je venais de faire dix ans où je ne m’étais pas arrêté. » Ce recul lui apprend l’essentiel. « Je crois que la clé, c’est d’être bien entouré. Ce sont ces gens qui peuvent te prendre par la main et te rappeler pourquoi tu es là. »
On aborde, en terminant, ce lien qui semble renouvelé avec le public. « Ce qui se passe maintenant est très fort pour moi. C’est de redécouvrir cette synergie que j’ai avec les gens, à quel point c’est fort. Ce lien dépasse toutes les barrières. » Une relation devenue plus fine, plus humaine avec les années.
Slimane écrit encore. Souvent, différemment, mais avec le même cœur. Et ce nouvel album est tout simplement sublime. L’artiste nous apprend que le silence est parfois salvateur et nécessaire… pour retrouver la paix et l’envie de tout écrire.

Pour suivre les actualités de Slimane, cliquez ici.
Pour les billets des 18 et 19 septembre prochains à l’Olympia de Montréal.
Son récent album est maintenant disponible sur toutes les plateformes.