Le pari audacieux de l’artiste photographe Fanny B.

Un éléphant, un safari et une démission
Evoto

Certaines décisions surviennent en quelques secondes et changent complètement le cours d’une vie. Pour Fanny B., artiste photographe de Terrebonne, tout semble avoir basculé lors d’une rencontre aussi inattendue que silencieuse avec un éléphant au Kenya.

Vendredi dernier, elle présentait officiellement son tout premier vernissage au Club de golf Le Mirage, marquant ainsi une étape importante dans un parcours qui l’a menée de l’univers de la mode à celui de la photographie artistique. Derrière les œuvres exposées se cache toutefois une histoire de courage, de remise en question et de confiance envers son intuition.

Pendant près de 25 ans, Fanny B. a travaillé comme acheteuse dans l’industrie de la mode. Au fil des années, elle développe un regard attentif aux couleurs, aux textures, aux compositions et aux détails visuels. Un métier qu’elle apprécie et dans lequel elle évolue avec succès. Pourtant, une autre passion occupe progressivement une place de plus en plus importante dans sa vie.

Pour immortaliser le quotidien

Cette passion naît véritablement à la naissance de ses jumeaux. Comme plusieurs parents, elle commence par photographier les moments du quotidien, les souvenirs familiaux et les instants qu’elle souhaite préserver. Ce qui n’était au départ qu’un passe-temps devient tranquillement une forme d’expression personnelle. Faute de temps et emportée par le rythme du travail et de la vie familiale, elle continue néanmoins à remettre ce rêve à plus tard.

Puis survient ce voyage au Kenya. Au cours d’un safari, Fanny B. se retrouve face à un éléphant. L’instant est bref, mais profondément marquant. Contrairement à l’image imposante et bruyante souvent associée à l’animal, elle découvre une présence calme, presque méditative. « On pense qu’un éléphant fait beaucoup de bruit, comme dans les dessins animés. Mais l’animal ne faisait aucun bruit. Il avançait presque comme s’il flottait. Ce calme-là m’a bouleversée. »

Cette rencontre provoque une réflexion qu’elle ne peut plus ignorer. De retour à son hôtel, elle prend une décision qui transformera sa vie professionnelle. « Je me suis dit que je pouvais faire plus. Que je voulais ressentir cette émotion-là tous les jours de ma vie. »

Elle rédige alors sa lettre de démission. Quitter une carrière stable après 25 années passées chez le même employeur n’a rien d’anodin. Pourtant, fidèle à ses valeurs, Fanny B. choisit d’effectuer cette transition avec respect et professionnalisme. Elle offre six mois à son employeur afin d’assurer le transfert de ses responsabilités et de former sa relève avant de partir définitivement.

Des images qui font du bien

Aujourd’hui, son travail artistique porte encore les traces de cette expérience fondatrice. Ses photographies cherchent moins à impressionner qu’à provoquer un état d’esprit. Les œuvres présentées lors de son vernissage invitent à ralentir, à observer et à ressentir. À travers des paysages majestueux, des couleurs riches et un travail minutieux sur la lumière, l’artiste souhaite offrir une pause dans un quotidien souvent marqué par l’accélération constante. « Je veux créer des images qui font du bien. »

Cette recherche de calme traverse l’ensemble de sa démarche. Inspirée notamment par le célèbre photographe australien Peter Lik, connu pour ses paysages spectaculaires réalisés aux quatre coins du monde, Fanny B. développe néanmoins une signature qui lui est propre. Ses images conservent un ancrage dans le réel tout en proposant une expérience presque sensorielle où l’atmosphère occupe une place centrale.

Un lancement réussi

Le vernissage de vendredi représentait donc bien davantage qu’une simple exposition. Il s’agissait de la concrétisation d’un projet de vie longtemps repoussé. Une première occasion de partager publiquement son univers et de mesurer la réception du public face à son travail. « Je n’ai qu’un seul premier lancement. Je veux que les gens entrent et ressentent quelque chose. Je veux qu’ils fassent wow. »

Derrière cette quête artistique se trouve également une personnalité attirée par l’aventure. Passionnée de moto, de voyages et de sports extrêmes, Fanny B. assume pleinement les risques qui accompagnent les grandes décisions. Pour elle, abandonner une carrière bien établie afin de poursuivre une passion n’est pas un acte d’imprudence, mais plutôt une manière de vivre avec cohérence.

Et si ce premier vernissage marque une étape importante, il ne constitue certainement pas un point d’arrivée. Le Kenya continue d’ailleurs d’occuper une place particulière dans son imaginaire. Elle prévoit déjà y retourner prochainement. « Je pense que ce voyage-là n’était pas une fin. C’était le début. »

À travers ses photographies, Fanny B. cherche désormais à transmettre aux autres ce qu’elle-même a ressenti ce jour-là devant l’éléphant silencieux : un rare sentiment de présence, de calme et d’émerveillement.

Pour découvrir le travail de l’artiste : www.fannyb.ca

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