/ En entrevue avec Michaël Grégoire
Pour Noam Sinseau, le stand-up n’a jamais été uniquement une manière de faire rire. Monter sur scène, c’est avant tout prendre la parole avec ses propres mots, raconter son histoire et transformer ce qui aurait pu être perçu comme une faiblesse en véritable force créatrice. De passage à Montréal pour présenter son spectacle Makoumè Superstar, l’humoriste martiniquais nous parle avec une sincérité désarmante de son parcours, de son identité et de son désir de repousser les frontières du stand-up traditionnel.
« J’en retiens surtout de la fierté, confie-t-il en évoquant son parcours. J’ai travaillé fort à bien m’entourer dès le début. Aujourd’hui, on est à Montréal et je suis tellement content d’être ici. » Derrière cette joie se cache un chemin construit patiemment, entouré de collaborateurs qui ont cru en sa vision artistique et l’ont accompagné dans le développement d’un spectacle qui ne ressemble à aucun autre.
L’art pour se libérer
L’art occupe une place centrale dans sa vie depuis toujours. Bien avant de découvrir le stand-up, il représentait déjà une façon de s’exprimer et de prendre sa place. « L’art m’a permis de me libérer et d’avoir une voix. Le stand-up me permet aujourd’hui de raconter mon histoire avec mes propres mots et d’apporter un vent un peu nouveau. Il me permet surtout de tout faire… mais à ma façon. » Cette précision résume bien sa démarche : plutôt que d’adopter les codes établis, Noam Sinseau préfère créer les siens.
Cette volonté s’incarne jusque dans le titre de son spectacle. Makoumè, mot créole parfois utilisé de façon péjorative pour désigner un homme homosexuel, devient ici un symbole de réappropriation. « J’avais envie d’en faire une force. Je veux en faire ma propre arme et aller combattre le monde avec. Je veux avancer avec tout ce qui me constitue. » Derrière cette formule se trouve une philosophie entière : ne plus tenter de cacher ce qui nous distingue, mais au contraire l’assumer pleinement.

La lutte n’est pas terminée
Au fil de la conversation, Noam Sinseau revient souvent sur cette idée de combat. Selon lui, les avancées sociales des dernières années sont bien réelles, mais elles ne signifient pas que tout est gagné. Les micro-agressions, le racisme ou encore l’homophobie continuent d’exister, parfois sous des formes plus insidieuses. Son spectacle ne cherche toutefois pas à donner des leçons. « Ça m’amuse de relever toutes ces micro-agressions et de les transformer en quelque chose dont on peut rire. » Pour lui, l’humour possède justement cette capacité de désamorcer certaines situations tout en obligeant le public à réfléchir.
Il décrit d’ailleurs Makoumè Superstar comme bien plus qu’un simple spectacle d’humour. « C’est un manifeste artistique, drôle et poétique, qui raconte mon histoire afin de donner une voix à ceux qui ne peuvent pas crier. Je veux être un mégaphone pour ces gens-là. » Cette volonté de représenter celles et ceux qui se sentent parfois invisibles traverse l’ensemble de son travail. « Je suis queer et noir. C’est ce que j’ai envie de représenter sur scène. »
Faire un pas en arrière… pour en rire
Si son spectacle aborde parfois des sujets particulièrement lourds, il insiste sur l’importance de prendre du recul avant de les transformer en matière humoristique. « Je parle de ces expériences uniquement quand je suis guéri. Une fois que c’est le cas, je peux en rire et amener les autres à en rire avec moi. » Cette distance lui permet de ne jamais tomber dans la provocation gratuite. Même lorsqu’il évoque l’homophobie, il choisit l’humour plutôt que la colère. « Quand on prend suffisamment de recul, on se rend compte que certaines situations sont finalement très drôles. »
Sa démarche artistique dépasse également les limites du stand-up classique. Danse, poésie, performance… plusieurs disciplines se croisent dans son spectacle. Ce mélange n’est pas un effet de style, mais une nécessité. « Je voulais sortir des codes du stand-up, parce que faire uniquement du stand-up, ce n’est pas moi. Il fallait que je mélange d’autres arts. Sinon, il manque quelque chose. Toutes ces disciplines réunies, c’est moi. »

Les réseaux sociaux
Contrairement à plusieurs artistes de sa génération, Noam Sinseau entretient une relation étonnamment sereine avec les réseaux sociaux. Il les considère avant tout comme un outil de diffusion et non comme une source d’anxiété. « Je ne me crée pas de pression avec ça. Les réseaux sociaux me motivent simplement à aller plus loin. » Il reconnaît toutefois qu’une visibilité grandissante s’accompagne d’une responsabilité, particulièrement auprès des plus jeunes. « J’essaie d’être un bon modèle et de diffuser des messages qui sont justes. »
Avant même de rencontrer le public québécois, Noam Sinseau avait entendu parler de sa réputation. Son expérience n’a fait que confirmer cette impression. « Je n’ai que du positif à dire. Les seuls stéréotypes que j’avais sur le Québec, c’est que vous êtes un public incroyable! Vous avez une véritable culture du stand-up. Tout le monde est super gentil, généreux… je suis vraiment trop content d’être ici. »
Noam Sinseau présentera Makoumè Superstar à Montréal le 19 juillet à 21 h 30.
Pour obtenir des billets, cliquez ici.