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Seul Ensemble : le pari réussi du Cirque Éloize

Une production à couper le souffle

Présentée jeudi soir au Théâtre Capitole de Québec devant une salle comble, la nouvelle mouture du spectacle du Cirque Éloize consacré à l’œuvre de Serge Fiori et d’Harmonium nous transporte dans un univers où la musique, le cirque, la danse et les images finissent par ne former qu’un seul langage.

On pouvait se demander comment les prouesses du cirque contemporain allaient réussir à cohabiter avec des chansons aussi profondément ancrées dans la mémoire collective québécoise. La réponse arrive assez rapidement : elles ne servent pas simplement d’accompagnement visuel à la musique, elles la racontent autrement.

Planche coréenne, sangles, trapèze, jonglerie, mât chinois, main à main et danse s’enchaînent dans une mise en scène de Benoit Landry qui sait aussi laisser respirer les moments plus contemplatifs. Les artistes du Cirque Éloize sont évidemment impressionnants techniquement. Mais c’est ailleurs que le spectacle surprend : dans l’émotion qu’ils arrivent à provoquer.

La confiance nécessaire pour attraper un partenaire dans les airs, la complicité entre les interprètes, les regards, les sourires et cette impression de camaraderie qui traverse certains tableaux donnent une humanité étonnante aux prouesses physiques.

Fiori est là, en toute subtilité

La disparition de Serge Fiori en juin 2025 aurait facilement pu faire basculer cette nouvelle version dans l’hommage appuyé. Le spectacle choisit heureusement une voie beaucoup plus délicate.

Fiori apparaît à l’écran, sa voix surgit, son visage accompagne certains moments, mais jamais avec l’impression qu’on cherche artificiellement à le ramener sur scène. Sa présence est intégrée avec énormément de retenue. Elle rappelle plutôt que tout ce qui se déroule devant nous part de cet homme, de ses mots et de sa musique.

Cette nouvelle mouture avait d’ailleurs une signification particulière puisque sa renaissance correspondait à l’un des derniers souhaits exprimés par Fiori. Créé une première fois en 2019, Seul Ensemble devait être entièrement repensé pour son retour, notamment parce que ses décors et costumes avaient été détruits lors du déluge survenu à Montréal en août 2024.

Le résultat n’est donc pas une simple reprise. De nouveaux numéros, de nouvelles disciplines et une scénographie renouvelée se greffent aux moments forts de la création originale.

Une musique qui trouve une nouvelle vie

Évidemment, il y a les chansons. Vert, Depuis l’automne, Comme un fou, De la chambre au salon, Un musicien parmi tant d’autres : les premières notes suffisent parfois pour entendre une réaction parcourir la salle.

La direction musicale de Louis-Jean Cormier, Alex McMahon et Guillaume Chartrain réussit à lui donner une nouvelle dimension sans lui enlever son âme. Les arrangements semblent avoir été pensés en dialogue avec ce qui se déroule sur scène : la musique propulse les corps, puis les corps donnent soudainement une nouvelle image aux chansons.

On connaît ces morceaux. Certains les écoutent depuis des décennies. Pourtant, pendant quelques minutes, on a parfois l’impression de les entendre autrement.

Un hommage qui regarde vers l’avant

Il aurait été facile de construire Serge Fiori – Seul Ensemble uniquement autour de la nostalgie. Le spectacle fait plutôt le choix de la création. C’est un hommage, certainement. Mais c’est surtout une rencontre entre une œuvre musicale qui appartient désormais au patrimoine québécois et des artistes qui la prennent entre leurs mains pour lui faire emprunter un autre chemin.

À Québec, jeudi soir, le public semblait complètement conquis. Et nous aussi. Je ne pensais pas que le cirque pouvait m’émouvoir à ce point.

Après ses représentations des 2 et 3 octobre au Capitole, le spectacle reviendra à Québec pour six représentations supplémentaires du 20 au 25 avril 2027. Il poursuivra également sa route à Gatineau, La Baie et Sherbrooke.

Pour les billets, cliquez ici.

(Crédit photo: Gracieuseté)

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