Christian Guay-Poliquin explore les frontières de la liberté

Son 4e roman en carrière
Crédit: © Marie-Pier Lavoie (Page Facebook de l’auteur)

/ Un texte de Michaël Grégoire

Après Le poids de la neige et Les ombres filantes, Christian Guay-Poliquin poursuit son exploration de sociétés fragilisées, où les personnages doivent composer avec un environnement qui leur échappe. Dans Le mur, paru en août dernier, l’écrivain québécois imagine une ville coupée en deux par une immense frontière, dans laquelle les structures politiques et sociales que nous connaissons semblent avoir été remplacées par un système d’agences et de surveillance.

Au centre de cette histoire se trouve Héléna, une femme qui travaille pour une agence de rénovation. À vélo, avec sa remorque remplie d’outils, elle sillonne les rues pour réparer des balcons, colmater des toitures et effectuer différents travaux dans les habitations. Son métier lui permet d’entrer brièvement dans l’intimité des autres, tout en conservant une certaine distance avec ceux qui l’entourent.

Mais derrière cette routine se cache un passé qui continue de la poursuivre. Lorsqu’elle découvre, dans le sous-sol d’un immeuble, un groupe de personnes creusant clandestinement un tunnel sous le mur, une possibilité jusque-là inaccessible commence à prendre forme : celle de traverser la frontière et, peut-être, de recommencer ailleurs.

Un monde qui se transforme

L’un des aspects intéressants du roman réside dans l’univers imaginé par Christian Guay-Poliquin. La ville dans laquelle évolue Héléna est à la fois familière et profondément étrange. Les bâtiments se détériorent, la pluie semble omniprésente et la végétation gagne progressivement du terrain. Le lierre envahit les façades, les roseaux se multiplient et des animaux circulent dans cet environnement urbain en transformation.

La nature occupe ainsi une place importante dans le récit. Elle rappelle que les constructions humaines, aussi imposantes soient-elles, demeurent vulnérables devant le passage du temps et les bouleversements environnementaux. Alors que les habitants cherchent à préserver ce qui reste de leur quotidien, leur environnement poursuit sa propre évolution, sans égard aux frontières qu’ils ont établies.

La frontière comme question existentielle

Si le mur constitue l’élément central du décor, il représente aussi une frontière beaucoup plus personnelle. Pour Héléna, la possibilité de traverser soulève des questions qui dépassent largement la géographie. Que reste-t-il à préserver dans sa vie actuelle? Qu’espère-t-elle retrouver de l’autre côté? Et jusqu’où est-elle prête à aller pour envisager un nouveau départ?

Le roman aborde ainsi plusieurs thèmes qui trouvent un écho dans notre époque, notamment les migrations, la surveillance, les changements climatiques et les limites imposées à la liberté individuelle. Ces enjeux ne sont toutefois pas traités comme un exposé politique. Ils se manifestent dans le quotidien des personnages, dans leurs relations et dans les choix auxquels ils sont confrontés.

Une écriture sobre, un univers singulier

Avec ses 168 pages, Le mur propose un récit relativement court, qui privilégie l’atmosphère et le parcours intérieur de son personnage plutôt qu’une multiplication de rebondissements. Christian Guay-Poliquin prend le temps d’installer son environnement, de montrer les gestes du quotidien et de faire progressivement émerger les préoccupations d’Héléna.

Cette écriture, à la fois sobre et évocatrice, contribue à rendre crédible un univers pourtant éloigné du nôtre. Les descriptions des lieux, du travail et des transformations de la ville permettent au lecteur de s’approprier ce monde sans qu’il soit nécessaire d’en connaître tous les détails.

J’ai passé un bon moment avec ce roman, particulièrement pour son atmosphère et les réflexions qu’il soulève. L’histoire avance à son rythme, en laissant volontairement certaines zones d’ombre, et invite davantage à observer et à réfléchir qu’à chercher des réponses définitives. C’est une proposition littéraire dont je comprends tout à fait l’accueil favorable, notamment auprès des lecteurs qui apprécient les récits dystopiques et les univers légèrement décalés.

Le mur, de Christian Guay-Poliquin, 168 pages, publié aux éditions La Peuplade, août 2026.

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