Le courage de vivre, malgré l’inimaginable

Isabelle Brouillette raconte son combat contre le cancer
Crédit photo: Éva-Maude TC)

Journal de la femme météore, d’Isabelle Brouillette, est touchant, renversant. Au fil des pages, on s’attache à elle. On s’inquiète pour elle. On souffre avec elle. Et, à plusieurs reprises, on voudrait simplement pouvoir la prendre dans nos bras pour lui offrir un peu de réconfort.

Quand la vie bascule

En novembre 2024, Isabelle Brouillette est en tournée à travers le Québec avec la pièce Deux femmes en or lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du septum nasal. Le diagnostic est brutal. Une opération doit être pratiquée rapidement, et celle-ci entraînera la perte de son nez.

Les médecins lui présentent l’intervention comme une épreuve surmontable. Mais comment peut-on réellement se préparer à une telle transformation? Pour une comédienne, dont le visage constitue aussi un outil de travail, les questions sont innombrables. Pourra-t-elle continuer à exercer son métier? Comment les autres la regarderont-ils? Comment se reconnaîtra-t-elle elle-même? Et surtout, survivra-t-elle à cette maladie?

Du jour au lendemain, les certitudes disparaissent. La vie qu’elle connaissait jusqu’alors laisse place aux rendez-vous médicaux, aux interventions, aux inquiétudes et à une reconstruction dont elle ne peut encore imaginer toutes les étapes.

Un journal d’une sincérité désarmante

Plutôt que de raconter son histoire avec le recul d’une personne qui connaît déjà la suite, Isabelle Brouillette nous invite à traverser cette période à ses côtés. Elle tient un journal. Jour après jour, elle note ses réflexions, ses émotions, ses peurs, ses petites victoires et les difficultés qui accompagnent sa convalescence. Cette forme narrative donne au livre une proximité particulière.

Il n’y a pas de grands discours sur le courage. Pas de volonté de transformer chaque épreuve en leçon de vie. Pas de recherche artificielle de moments héroïques. Il y a simplement une femme qui tente de comprendre ce qui lui arrive, de traverser les journées et de retrouver progressivement ses repères. Isabelle Brouillette écrit avec une grande transparence.

Elle accepte de se montrer vulnérable, de partager ses doutes et de raconter les moments où la force semble lui manquer. À travers ses mots, on découvre une réalité souvent invisible de la maladie : l’attente, l’incertitude, la fatigue émotionnelle et tous ces petits instants du quotidien qui prennent soudainement une importance démesurée.

Quand les images prennent le relais des mots

L’une des particularités du livre réside dans les aquarelles qui accompagnent le récit. Lorsque les mots ne suffisent plus à exprimer la complexité de ses émotions, Isabelle Brouillette se tourne vers la peinture. Ces illustrations deviennent une autre manière de raconter ce qu’elle traverse. Elles apportent une dimension artistique et intime à un témoignage déjà profondément personnel.

On découvre ainsi non seulement la comédienne et l’autrice, mais également l’illustratrice, qui utilise sa créativité pour donner une forme à ce qui semble parfois impossible à expliquer. Le livre devient alors davantage qu’un journal de convalescence. Il se transforme en une œuvre où l’écriture et les images participent à un même mouvement de reconstruction.

Un rappel de ce qui compte vraiment

Au fil de ma lecture, je me suis surpris à réfléchir à ma propre vie. À toutes ces journées qui passent trop rapidement. À ces préoccupations auxquelles on accorde parfois une importance démesurée. À ces moments avec nos proches que l’on remet à plus tard, comme si le temps nous était garanti.

Journal de la femme météore nous rappelle, sans jamais nous faire la morale, l’importance de prendre soin de nous, de notre santé et des personnes que nous aimons. De profiter de notre famille. De savourer les moments ordinaires. De reconnaître la beauté de ce que nous possédons déjà.

Parce que personne n’est à l’abri d’un événement qui vient bouleverser toutes ses certitudes. Et parce que nous oublions trop souvent à quel point le simple fait de vivre une journée normale constitue déjà une chance immense.

Retrouver la lumière

Depuis son diagnostic, Isabelle Brouillette a entrepris un long processus de guérison et de reconstruction. Elle porte désormais une épithèse, une prothèse conçue sur mesure, et a retrouvé le chemin de la scène au printemps 2026.

Cette reprise de son métier représente une étape importante dans son parcours, sans pour autant effacer tout ce qu’elle a traversé. Connue pour ses rôles dans STAT, M’entends-tu?, Deux femmes en or et plusieurs autres productions, Isabelle Brouillette révèle ici une autre facette de son talent. Celle d’une autrice capable de raconter l’intime avec une sensibilité exceptionnelle.

Son récit n’est pas seulement celui d’une maladie. C’est aussi celui d’une femme qui cherche à retrouver sa place dans le monde, à réapprendre à habiter son quotidien et à faire coexister ses blessures avec son désir de vivre.

Un livre magnifique qui nous rappelle que la vie est précieuse, que rien n’est acquis et qu’il faut parfois traverser l’obscurité pour redécouvrir toute la beauté de la lumière.

Journal de la femme météore, d’Isabelle Brouillette, est publié chez VLB éditeur depuis le 4 novembre 2026. 330 pages, 34,95 $. – www.editionsvlb.com

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/ Un texte de Michaël Grégoire

/ Crédit photos: Éva-Maude TC

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