C’est dans une atmosphère à la fois festive et profondément rassembleuse que s’est tenue, le 28 avril dernier au Théâtre Paradoxe à Montréal, la remise du Prix des libraires du Québec 2026. Pour cette édition marquante, les volets adulte et jeunesse étaient réunis pour la toute première fois lors d’une même soirée, offrant ainsi une vision globale et cohérente de la richesse du paysage littéraire.
Animée par Audrey Martel, ambassadrice de cette édition, la cérémonie a rassemblé auteurs, libraires, éditeurs et acteurs de toute la chaîne du livre, dans un esprit de célébration et de reconnaissance. Les œuvres finalistes ont été présentées par des libraires eux-mêmes, mettant de l’avant leur regard unique et leur rôle essentiel dans la découverte et la circulation des livres.
Une relève jeunesse inspirante et engagée
Du côté de la littérature jeunesse, plusieurs œuvres marquantes ont été récompensées, témoignant d’une créativité et d’une sensibilité remarquables. En album illustré québécois, Jean-François Sénéchal et Simone Réa ont été honorés pour Je n’aurai plus peur, une œuvre saluée pour sa capacité à traduire l’indicible par l’image et l’émotion.
En littérature jeunesse québécoise, Andrée Poulin et Caroline Lavergne se sont démarquées avec Comment sauver des chevaux sauvages, un récit engagé qui rappelle le pouvoir de la parole et de l’action, même chez les plus jeunes.
Du côté international, Charlie Mackesy a été récompensé pour son album illustré empreint de douceur et de poésie, tandis que Yeonju Choi a touché le jury avec L’étoile de Mo, une œuvre délicate mêlant imaginaire et philosophie.
Chez les adolescents, Maude Nepveu-Villeneuve a été saluée pour Les différences invisibles, un ouvrage jugé essentiel pour mieux comprendre les réalités liées aux neurodivergences, tandis que Kate Pearsall a remporté le prix hors Québec avec un roman mêlant mystère et surnaturel.
Une littérature adulte audacieuse et percutante
Dans les catégories adultes, les choix du jury reflètent une littérature engagée, audacieuse et profondément ancrée dans les réalités contemporaines. Le prix du roman québécois a été remis à Maude Jarry pour La mère des larves, une œuvre décrite comme tragi-comique, à la fois mordante et poétique, qui aborde des thèmes sensibles avec intelligence et irrévérence.
À l’international, Adèle Yon a été récompensée pour Mon vrai nom est Elisabeth, un récit poignant sur la santé mentale et les violences faites aux femmes, salué pour sa forme hybride entre journalisme et quête intime.
En essai, Mark Fortier s’est illustré avec Devenir fasciste : Ma thérapie de conversion, un ouvrage incisif et lucide qui interroge les dérives idéologiques avec un ton à la fois ironique et engagé.
La poésie n’est pas en reste avec Marie-Andrée Gill, récompensée pour Uashtenamu | Allumer quelque chose, un recueil où se rencontrent langue, territoire et intimité dans une écriture lumineuse et profondément ancrée dans l’oralité.
Enfin, en bande dessinée, Jimmy Suzan s’est démarqué avec Migrasyon, un récit autobiographique puissant sur l’immigration, tandis que Mathieu Bablet a été récompensé pour Silent Jenny, une œuvre de science-fiction empreinte d’espoir et d’humanité.
Un hommage au métier de libraire
Au-delà des œuvres, le gala a également permis de souligner le rôle crucial des libraires dans la vitalité culturelle du Québec. Le Prix d’excellence 2026 a été remis à Mike C. Vienneau, libraire d’expérience reconnu pour son engagement, son sens de la transmission et sa contribution au rayonnement de la littérature.
Comme l’a rappelé Nathalie Maillé, directrice générale du Conseil des arts de Montréal, la littérature jeunesse et adulte constitue une porte d’entrée essentielle vers l’imaginaire, la réflexion et le plaisir de lire, un rôle rendu possible grâce au travail passionné des créateurs, mais aussi des libraires.
Une célébration essentielle du livre
Créé en 1994, le Prix des libraires du Québec demeure une distinction unique, portée par celles et ceux qui sont au cœur de la recommandation littéraire. Cette édition 2026 confirme, une fois de plus, la vitalité du milieu du livre québécois et la richesse des voix qui le composent.
Dans un contexte où les habitudes de lecture évoluent, cette célébration rappelle avec force que les livres continuent de rassembler, de questionner et de faire vibrer, et que derrière chaque œuvre, il y a un écosystème humain engagé, passionné et profondément essentiel.
