Reprendre son envol

Face à face avec Alex Nevsky
Sur la photo : Alex Nevsky | Crédit photo : Steven Grondin

On se donne rendez-vous au Il Teatro du Théâtre Capitole, à Québec, alors que l’artiste est dans la Capitale-Nationale pour une tournée de promotion dans le cadre de son nouvel album. Alex Nevsky présente cette année son sixième album en carrière, “Tout ce que l’aube promet”, un projet que certains décrivent comme le retour du son de l’artiste qu’on a connu au début des années 2010.

Les fans pourront penser que “Tout ce que l’aube promet” est un clin d’œil à son premier long jeu “De la lune à l’aube” paru il y a quinze ans déjà. Une manière pour l’artiste de boucler la boucle, comme on dit. “Je n’ai pas assez de suite dans les idées pour penser à ça!”, lance-t-il en riant. “Ce n’était pas voulu du tout”. On débute la conversation sur ce que signifie l’aube pour lui, justement. “Avant, c’était l’heure à laquelle je me couchais. Maintenant, c’est l’heure à laquelle je me lève pour écouter les oiseaux.” On retrouve un artiste calme, dans l’introspection, mais visiblement heureux d’être là.

Tout commence par une chanson

L’auteur-compositeur-interprète de 39 ans parle de ces chansons que l’on reçoit sans y penser, sans les prévoir et -surtout- sans qu’on s’y attende. La première chanson qu’il a écrite sur l’album est pour son père, ce dernier étant alors atteint d’une maladie dégénérative. “Je me suis assis au piano et je me suis senti comme si j’avais reçu la chanson. En une heure, elle était terminée. C’est arrivé comme un cadeau”, dit-il, alors qu’il parle de son père au passé. “Cette chanson est arrivée comme une prémonition et ça m’a permis de comprendre que je pouvais encore avoir cet élan créatif. J’ai eu la certitude que je devais faire un album.

Sur plusieurs tribunes, Alex Nevsky a raconté être satisfait de cet album qui est totalement ce qu’il avait envie de dire. Il fait notamment référence au disque “Chemin sauvage” paru en 2018 qui, selon lui, ne lui ressemble pas du tout. “J’avais demandé de l’aide pour écrire l’album. C’est comme si j’avais perdu confiance au créateur en moi”, ajoute-t-il. “C’était une période de ma vie où je ne me sentais pas en phase avec ce que je faisais. C’est comme si j’avais pris toute cette période et je l’avais mise à la corbeille”, soulignant qu’il est peut-être trop dur avec cet album dont les collaborations se multiplient: Claudia Bouvette, Benny Adam et DRMS en font partie, pour ne nommer que celles-là. Si sa réalité a complètement changé depuis, on est heureux d’y retrouver le son qui a fait son succès.

Alex Nevsky (Crédit photo : Steven Grondin)

Retrouver Nevsky

En 2014, Alex Nevsky vit à Montréal et fait jaser au Gala de l’ADISQ. Il remporte coup sur coup un Félix dans les catégories Album de l’année, Chanson de l’année et Artiste de l’année. Ce nouvel album nous permet de reconnecter avec celui qui a tout raflé, onze ans auparavant. “Je comprends que je ramène des codes qui existaient sur mes premiers albums et que ça peut faire plaisir à certains. Je suis revenu à moi qui compose des chansons chez moi et qui n’essaie pas d’être quelque chose d’autre”, soulignant qu’il a écrit ce qu’il vit et ce qu’il voit, résidant en région, loin des bruits de la ville. C’est surtout la manière d’écrire qu’il sent avoir retrouvé. Comme s’il avait reconnecté avec l’essence de ce qui a mené à ses premiers succès. “La plupart de mes chansons commencent au piano ou à la guitare”, ajoute-t-il. Seul au piano, à la guitare, avec lui-même.

C’est aussi ce réflexe de jouer ses premières notes au piano pour créer qui l’a mené à dévoiler en 2023 “De la beauté”, un album instrumental à l’ombre de ses chansons pop. “J’attendais juste d’être assez bon pour faire un album instrumental. Je voulais faire un album de piano, mais je demandais aux gens autour de moi de jouer à ma place! J’avais besoin de leurs refus pour comprendre que je devrais me lancer par moi-même”, dit-il. Le compositeur accumule des bouts de pièces depuis les douze dernières années. Avec tout ce qu’il vivait, où il n’y avait peut-être plus grand chose à ajouter, lancer un album sans paroles semble tout à fait juste. “Je ne sais pas lire la musique! Je trouve ça magnifique ce qu’Antoine Gratton a su faire avec les arrangements. Je veux surtout devenir un meilleur pianiste.

Alex Nevsky (Crédit photo : Steven Grondin)

L’inspiration n’est pas une ressource infinie

Au cours de sa tournée de presse, le chanteur l’a mentionné à quelques reprises: il a peur que l’inspiration s’épuise. Pour lui, ce flot de création peut vivre son âge d’or, puis s’éteindre, avec l’âge. “Je vis moins de grandes émotions qu’avant, il y a du calme dans ma vie. Mais j’ai encore peur que la source se tarisse. Si je n’ai rien à dire, je ne vais plus appeler d’autres artistes pour écrire pour moi”, dit-il. Cette crainte est-elle partagée par bon nombre d’artistes? On garde cette question en tête. Néanmoins, c’est dans un esprit collectif que l’enregistrement de l’album s’est créé, le moment préféré de l’artiste. “J’adore le processus de création! Se retrouver avec les six musiciens en studio, c’est pour ça que je veux refaire de la musique”, dit-il.

Soulignons le talent de Julien Cadena à la photographie et la créativité de Sarah Hall au stylisme pour la pochette de ce nouvel album. L’artiste se présente à mi-chemin entre l’homme et l’oiseau, un symbole qui lui parle énormément, ce dernier ayant développé une véritable passion pour tout l’émerveillement que la nature lui réserve. “Je viens d’envoyer un texto à mon voisin justement parce que le merle bleu est arrivé! Dans les prochains jours, j’ai hâte de voir la mésange bicolore. Vers 5h du matin, je m’assois sur la galerie et je profite du moment en écoutant les oiseaux”, ajoute Alex Nevsky.

Crédit photo : Julien Cadena

À la réalisation, il fait confiance à Marc Bell qui avait déjà réalisé la chanson “Crions ensemble”, il y a quelques années. “Je ne l’avais pas vu depuis 2011. J’ai pensé à lui, je l’ai contacté et on a parlé de tout et de rien pendant une heure et demie. Ça s’est fait tellement facilement”, dit-il. Et c’est à Maxime Le Flaguais qu’il confie l’écriture de plusieurs textes. “En août dernier, je lui ai écrit après avoir écouté l’album de Beyries. J’avais les larmes aux yeux. On était en auto, on s’en allait à Kamouraska. Aussitôt qu’on est arrivé, je lui ai envoyé un message texte pour lui demander de travailler avec moi… avec toute la peur qu’il refuse”, ajoute Nevsky. “On a tout écrit à distance, devant nos ordis, pendant des heures pour chercher la perfection. Et à jaser, à être cons, à se permettre de faire des blagues de petits gars et à se laisser aller. On voulait mettre de la beauté dans tout ça, mais de manière très humaine.” Et le résultat est absolument réussi. 

L’amour qui dure

S’il a peur que l’inspiration se tarisse, qu’en est-il de l’amour? Le vit-il de la même manière? L’auteur Frédéric Beigbeder en a même fait un best seller: L’amour dure trois ans. Alex Nevsky semble porter ce même regard éphémère sur les choses. “C’est sûr que les choses ne durent pas. Pas dans leur forme initiale, en tout cas”, dit-il. On aborde le couple qu’il forme avec Vanessa Pilon depuis maintenant neuf ans. “Je veux lui donner tout l’amour possible, ici, maintenant. C’est Vanessa qui est arrivée avec l’idée de l’oiseau et qui a trouvé le nom “De la beauté”. Elle est toujours là et son avis compte beaucoup”, ajoute l’artiste. “En 2020, si ce n’était pas de l’épreuve qu’on a vécu, on ne serait plus ensemble. On n’avait pas de moteur de croissance personnelle. Ce qui est arrivé nous a permis de nous rapprocher, de s’impliquer dans notre couple et pour moi d’approfondir ma connaissance de moi-même. Elle était déjà en train de faire cette évolution, mais je n’étais pas à cette étape.” L’auteur-compositeur-interprète a profité des dernières années pour y faire une introspection dont la sincérité se ressent.

Alex Nevsky (Crédit photo : Steven Grondin)

Le début de quelque chose

Et la suite, sur scène? “Très bonne question! Je parle aux musiciens, j’ai approché un metteur en scène. Il y a des arrangements de l’album qui ne pourront pas être faits de la même manière sur scène. J’ai juste envie de retrouver une naïveté à jouer”, souligne-t-il. “J’ai envie de m’entourer de musiciens qui ont vraiment envie d’aller s’amuser sur scène et je les ai trouvés.

Alex Nevsky, c’est aussi des milliers d’auditeurs mensuels, de grands succès radios et plus de 97 millions de visionnements sur TikTok. Alors que d’autres seraient fous de joie (ou anxieux) devant un tel engouement, l’artiste esquisse un léger sourire, sans plus. “Dans ma réalité, ça ne fait rien. Ça n’a pas d’impact sur moi. J’essaie de faire le moins possible de réseaux sociaux, mais si j’en fais, je veux m’amuser. Je comprends que ça fait partie du jeu, mais je dois trouver la zone qui me rend heureux dans ça”, dit-il. 

Et si tout était à recommencer? Une chose est certaine, Alex Nevsky n’a pas envie de nager dans le regret ou la nostalgie. “J’ai reconstruit une équipe. Une fois que j’ai changé, je pense que mon entourage a changé aussi. Je vois de la bienveillance, du respect, l’amour du métier”, souligne-t-il. “Quand je vois des jeunes qui ont faim comme Rafaëlle Roy, Thierry Larose ou Ariane Roy, ça donne confiance en l’avenir. Ils défendent la chanson québécoise et je trouve ça vraiment beau.

J’ai fait du mieux que je pouvais le faire, avec cet album”, conclut Nevsky. “Tout ce que l’aube promet” est maintenant disponible partout. On y retrouve un artiste fier, reconnaissant et que la nature a eu l’effet d’apaiser. Et ça s’entend.

Pour suivre les actualités et prochaines dates d’Alex Nevsky, cliquez ici.

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