Bruno Pelletier : vivre au temps présent

L’artiste présentera samedi « 3 & moi » à Québec
Crédit : Steven Grondin

Il y a des artistes qui se tournent vers le passé pour nourrir leur art et d’autres qui choisissent de s’ancrer résolument dans le présent. Bruno Pelletier appartient à cette seconde catégorie. À 63 ans, celui qui a marqué plusieurs générations avec des chansons devenues incontournables ne ressent pas le besoin de s’accrocher à la nostalgie, même si elle l’habite autrement. « Je ne suis pas nostalgique dans la vie. J’aime la nostalgie, dans le sens où j’aime la musique des années 80. J’aime surtout regarder les étapes sur le parcours, les moments de vie qui représentent quelque chose d’important pour moi », confie-t-il. Cette nuance en dit long sur sa manière de voir la vie et sa carrière : non pas comme une suite de souvenirs figés, mais comme un chemin en constante évolution où chaque étape permet de mieux comprendre la suivante.

Cette lucidité s’est toutefois teintée, au cours des dernières semaines, d’une épreuve profondément marquante. Le décès de sa sœur, avec qui il travaillait depuis plus de 33 ans, a bouleversé autant l’homme que l’artiste. Bruno Pelletier en parle avec retenue, mais sans détour. « Quand elle est partie, une partie de moi est partie avec elle », dit-il, dans une phrase qui résume toute l’ampleur de la perte. Au-delà du lien affectif, c’est aussi toute une structure de vie qui s’est transformée, alors qu’il doit désormais reprendre une partie des responsabilités administratives qu’elle assumait au quotidien pour sa carrière. Revenir dans les lieux qu’elle habitait, replonger dans des souvenirs omniprésents, apprendre à continuer malgré l’absence : tout cela fait désormais partie de son quotidien. « La déco, les odeurs, tout me rappelle ma sœur. Je commence à en parler sans pleurer, c’est probablement la plus grande peine de ma vie », ajoute-t-il. Dans cette traversée, une prise de conscience s’impose avec force, presque comme une évidence : « Qu’est-ce qu’on attend pour vivre? »

Revenir à la simplicité

C’est dans cet état d’esprit que s’inscrit son nouveau spectacle, 3 & moi, un projet qui tranche avec les grandes productions auxquelles il nous avait habitués. Après une tournée d’envergure pour souligner les 25 ans de Miserere, l’envie de revenir à quelque chose de plus intime s’est imposée naturellement. « Nous étions 16 sur la route et il y a des salles qui ne pouvaient nous recevoir parce que la production était trop grande. On a eu l’idée de construire un spectacle plus petit », explique-t-il.

À l’origine pensé pour des salles à dimension humaine, le projet a rapidement suscité un engouement inattendu. Les diffuseurs, y compris les grandes salles, ont manifesté leur intérêt, obligeant l’équipe à adapter le concept sans en trahir l’essence. « Quand j’ai vu l’engouement, j’ai rappelé l’éclairagiste pour garder l’esprit du “show de salon”, mais l’amener dans les grandes salles », précise-t-il en riant. Cette volonté de préserver l’intimité, même dans des lieux plus vastes, constitue aujourd’hui l’une des signatures du spectacle.

Un spectacle de proximité

Sur scène, Bruno Pelletier propose bien plus qu’un enchaînement de chansons. Il raconte, il revisite, il partage. Le choix du répertoire s’est fait de manière instinctive, presque évidente. « Je suis allé chercher des chansons de mon répertoire et piger dans les chansons qu’on aime. Qu’est-ce qu’on écoutait quand on avait 15 ou 16 ans? », dit-il. Les reprises prennent alors un sens particulier, tout comme ses propres compositions, qui s’inscrivent dans une trame narrative profondément personnelle. Le spectacle devient un espace de confidences, un moment suspendu où l’artiste ouvre une porte sur son univers. « Je me raconte, c’est acoustique, on a monté ce show dans le salon chez nous », résume-t-il. Cette approche permet au public d’entrer en relation directe avec lui, dans une proximité rare. « Il n’y a tellement pas de prétention dans ce show-là que le public a accès à tout ce qu’il veut : le gars, notre quotidien », ajoute-t-il.

Cette connexion avec le public, Bruno Pelletier la considère aujourd’hui comme essentielle, presque fondamentale dans un monde en mutation. À l’heure où la technologie redéfinit les modes de consommation culturelle, il voit dans le spectacle vivant une forme de résistance. « Je pense que de monter sur scène et d’avoir un lien avec le public, c’est le dernier rempart à l’IA », affirme-t-il. Une phrase forte, qui témoigne de son attachement à l’authenticité et à la présence réelle, celle qui ne peut être reproduite ou simulée.

Si cette sincérité touche, c’est aussi parce qu’elle s’appuie sur une discipline de tous les instants. Derrière l’artiste se cache un travailleur acharné qui n’a jamais laissé place au hasard. « J’ai toujours comparé un chanteur à un athlète. Il n’y a pas de secret, c’est la rigueur, le travail, à tous les jours », explique-t-il. Cette rigueur, il l’applique autant à sa voix qu’à sa présence sur scène, conscient que chaque performance se construit dans la répétition et l’exigence. Il reconnaît toutefois que le parcours n’est jamais linéaire. « On est tous à un cheveu de sombrer, j’ai eu des périodes difficiles. Je ne gagne pas tous les combats, mais j’apprends », confie-t-il. Cette capacité à se remettre en question, à évoluer sans renier ce qu’il est, contribue sans doute à sa longévité exceptionnelle.

Dans le moment présent

Aujourd’hui, Bruno Pelletier semble habiter une période particulièrement lumineuse de sa vie. Moins d’anxiété, plus de clarté, une relation renouvelée avec la scène et le public : tout converge vers un équilibre qu’il savoure pleinement. « Je suis dans l’une des belles périodes de ma vie et je pense que ça paraît sur scène », affirme-t-il. Loin de se projeter dans de multiples projets, il choisit de se concentrer sur l’essentiel. La tournée, son équipe, les moments partagés. « Je suis dans le moment présent à fond », dit-il, comme une conclusion naturelle à tout ce qui précède. Et tant que le public sera au rendez-vous, il n’a aucune intention de s’arrêter. « Tant que le monde a envie de venir me voir, je vais continuer ».

Bruno Pelletier sera de passage à la Salle Albert-Rousseau ce samedi pour présenter 3 & moi. Pour les billets, cliquez ici.

Devant l’engouement, une supplémentaire a également été ajoutée le 8 novembre 2026.

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