Pendant trois jours, la place D’Youville et la rue Saint-Jean deviendront à nouveau l’un des grands points de rassemblement de la diversité sexuelle et de genre à Québec. Du 4 au 6 septembre, Fierté de Québec revient pour une 22e année avec une programmation plus musicale, plusieurs nouveautés et un message qui, derrière la fête, demeure politique : être visible, se rassembler et rappeler que l’égalité des droits ne peut jamais être tenue pour acquise.
Pour Nicolas Caron, responsable des communications et du rayonnement à l’Alliance Arc-en-ciel de Québec, l’organisme derrière l’événement, cette dualité entre célébration et revendication demeure au cœur de la Fierté. Depuis deux ans, l’ancienne Fête Arc-en-ciel porte le nom de Fierté de Québec, un changement qui voulait rendre l’événement plus immédiatement reconnaissable et rassembleur. Le Carnaval de Québec agit pour une deuxième année comme partenaire organisateur. « La Fierté est un moment de rassemblement et de revendication pour dire que nous sommes présents et que nos droits sont égaux. C’est aussi un mouvement d’ouverture. », résume Nicolas Caron.

Plus de musique, mais aussi de nouvelles expériences
La programmation 2026 prend son envol le vendredi 4 septembre à 18 h à la place D’Youville. La Scène TD demeurera le cœur festif du week-end, avec trois journées de spectacles qui chercheront à rejoindre bien au-delà des seules communautés LGBTQ+. Annie Villeneuve participera notamment au spectacle d’ouverture, tandis que Ian Jackman, TIZI et Sandy Duperval seront parmi les artistes présents lors du Club d’Youville. Le lendemain, le Fier Gala de Mona de Grenoble réunira notamment Mitsou, Mia Tinayre, et Gabry Elle.
« Cette année, il y a plus de musique que dans les dernières éditions », souligne Nicolas Caron. La programmation comportera notamment une soirée entièrement consacrée aux DJ et à la musique électronique, tandis que le dimanche soir fera une large place aux arts drag. L’organisation souhaite particulièrement mettre de l’avant les drag kings aux côtés d’artistes déjà bien établis.


La soirée se poursuivra avec Supernova et Iconique, deux rendez-vous qui permettront de réunir différentes générations et expressions du drag. « La soirée du dimanche, 100 % drag, va vraiment être un incontournable. On fait beaucoup de place aux drag kings cette année. C’est une scène émergente et on trouve important de pouvoir la présenter au public avec des figures incontournables. »
Le voguing fait son entrée à la Fierté de Québec
Parmi les nouveautés les plus singulières de cette édition se trouve également une soirée consacrée au voguing, présentée dans le cadre des After-Fierté. Selon l’organisation, il s’agira d’une première soirée du genre présentée dans le contexte de la Fierté à Québec.
Née de la culture ballroom développée par les communautés LGBTQ+ noires et latino-américaines de New York, particulièrement à partir des années 1970 et 1980, cette forme de danse se reconnaît notamment à ses poses très stylisées, à ses mouvements angulaires et à son univers inspiré autant de la mode que de la performance. La culture ballroom a notamment été documentée dans le film Paris Is Burning, devenu une référence pour comprendre cette scène et son importance dans l’histoire queer.
Pour mieux comprendre le phénomène :
L’ajout n’est pas anodin. Il permet à Fierté de Québec d’aller au-delà d’une programmation de spectacles plus traditionnels et d’ouvrir une fenêtre sur certaines expressions culturelles encore peu représentées dans la capitale.
Deux After-Fierté, consacrés au burlesque et au ballroom, viendront ainsi prolonger les soirées officielles. Des balados enregistrés devant public s’ajoutent également à l’expérience, dont Full plumé, avec Charlie Morin et Lady Guidoune, ainsi qu’un épisode de Pas peu fières, animé par Ann-Sarah Charbonneau et Florence Nadeau, en compagnie de Patsy Gallant.
La marche demeure le cœur de la Fierté
Malgré l’élargissement de la programmation, lorsqu’on demande à Nicolas Caron de choisir son moment préféré de la fin de semaine, sa réponse arrive rapidement : la marche de la solidarité, qui quittera la place D’Youville le dimanche 6 septembre à 13 h.
L’an dernier, près de 7 000 personnes y auraient participé. Pour l’équipe de l’Alliance Arc-en-ciel, sa portée dépasse largement le caractère festif du week-end. « Mon coup de cœur, c’est la marche. C’est un événement citoyen et on invite toute la population à venir marcher avec nous. » Cet appel au grand public prend une signification particulière en 2026. Nicolas Caron observe une détérioration du ton dans l’espace public et sur les réseaux sociaux, où certains propos dirigés vers les communautés LGBTQ+ sont devenus plus directs et plus agressifs. « C’est dérangeant et ça fait peur. Les gens n’ont plus de filtre et se permettent de dire des choses qui sont inquiétantes. »
Dans ce contexte, participer à la Fierté devient aussi, selon lui, une manière de démontrer publiquement son appui. « On se demande parfois : qu’est-ce qu’on peut faire? Mais ça passe aussi par la prise de parole. Ça prend des voix fortes qui viennent nous appuyer face aux messages haineux. »

Célébrer dans un climat parfois plus lourd
La question de la sécurité accompagne inévitablement cette évolution du climat social. L’organisation dit maintenir une collaboration étroite avec le Service de police de la Ville de Québec, en plus de compter sur des bénévoles et une agence de sécurité privée pendant les festivités.
Pour Nicolas Caron, il ne s’agit toutefois pas de permettre à ce contexte d’assombrir entièrement l’événement. Au contraire, la capacité de se réunir, de danser et de célébrer devient elle-même une réponse. « On organise des événements festifs et rassembleurs parce qu’à travers tout le nuage gris, ça prend aussi de la joie et des moments pour se retrouver. »
Cette phrase résume probablement le mieux l’esprit que l’organisation souhaite donner à l’édition 2026. La Fierté demeure un espace de revendication, mais elle est aussi un endroit où les communautés peuvent simplement exister ensemble, rencontrer leurs alliés et occuper la ville autrement.
Et l’Alliance Arc-en-ciel de Québec regarde déjà plus loin. Nicolas Caron laisse entendre qu’un événement apprécié du public dans le passé fera son retour à l’été 2027, sans toutefois en dévoiler davantage pour l’instant.
Pour découvrir la programmation complète de Fierté de Québec :
https://fiertedequebec.ca/






