Éternité : et vous, qui choisiriez-vous pour toujours?

Un film réalisé par David Freyne

Imaginez qu’après votre mort, on vous accorde une semaine pour prendre une décision qui, elle, ne pourra jamais être renversée. Il faut choisir l’endroit où vous passerez l’éternité. Jusque-là, l’exercice semble presque amusant. Sauf qu’une femme vous attend avec deux hommes à ses côtés : celui qu’elle a aimé pendant presque toute sa vie et celui qu’elle aurait peut-être aimé toute sa vie s’il n’était pas mort beaucoup trop tôt.

Qui choisir?

C’est la question toute simple et absolument impossible au cœur d’Éternité (Eternity), réalisé par David Freyne et porté par Elizabeth Olsen, Miles Teller et Callum Turner. Produit par A24, le film imagine un au-delà dans lequel les morts arrivent dans une sorte de zone de transit et disposent d’une semaine pour décider où ils passeront le reste de l’éternité. Sur papier, tout était réuni pour produire une comédie romantique terriblement kitsch. Le résultat est presque exactement le contraire.

Une idée brillante dans sa simplicité

Joan (Elizabeth Olsen) retrouve après sa mort Larry (Miles Teller), l’homme avec qui elle a partagé sa vie. Leur amour possède tout ce qu’une très longue relation peut contenir : des souvenirs, une famille, des irritants, une complicité construite pendant des décennies et cette connaissance presque instinctive de l’autre.

Puis il y a Luke (Callum Turner). Luke est son premier mari. Il est mort jeune alors qu’ils venaient à peine de commencer leur vie ensemble. Et pendant toutes ces années où Joan a vieilli, aimé de nouveau et construit une famille, lui l’a attendue. Joan se retrouve donc devant deux histoires d’amour qui ne peuvent même pas être comparées équitablement. L’une a eu le privilège de durer. L’autre est demeurée suspendue dans le temps. Apple résume d’ailleurs le dilemme de la même manière : Joan doit choisir entre l’homme avec lequel elle a passé sa vie et son premier amour, mort jeune après leur mariage.

Le film ne demande pas simplement : lequel de ces deux hommes Joan aime-t-elle davantage? Il demande plutôt ce qui fait qu’une histoire d’amour devient la grande histoire d’une vie.

L’amour vécu contre l’amour imaginé

Luke possède un avantage considérable : il n’a jamais eu le temps de décevoir Joan. Leur histoire s’est arrêtée alors qu’elle était encore jeune et amoureuse. Ils n’ont pas eu à affronter ensemble les décennies, les responsabilités, la routine ou l’usure. Leur amour est demeuré intact parce que la mort l’a figé avant qu’il puisse devenir autre chose.

Larry, lui, a eu droit à tout le reste. Le film confronte un amour idéalisé à un amour vécu. L’un représente ce qui aurait pu être; l’autre, tout ce qui a réellement été. Comment savoir lequel vaut davantage?

On se surprend constamment à prendre position. Puis le scénario ajoute un détail, un souvenir ou une perspective qui vient fragiliser notre certitude. On choisit Luke. Quelques scènes plus tard, Larry. Puis on se demande si Joan devrait seulement avoir à définir son existence en fonction de l’un ou de l’autre. Pendant pratiquement tout le film, la même pensée revient : qu’est-ce que je ferais?

Surtout, ne pas en faire quelque chose de kitsch

David Freyne choisit l’humour et une représentation presque bureaucratique de la mort. L’au-delà possède ses règles, ses accompagnateurs et ses choix à effectuer. Da’Vine Joy Randolph, John Early et Olga Merediz complètent notamment la distribution de cet étrange entre-deux.

Cette légèreté est essentielle. Elle permet au film de parler de la mort sans devenir pesant et de l’amour sans le sacraliser à outrance. On rit beaucoup, parfois précisément au moment où une autre version du même film aurait sorti les violons. C’est aussi très A24 dans la manière de prendre un concept facilement résumable en une phrase et de l’utiliser pour explorer quelque chose de beaucoup plus humain.

Et moi, qu’est-ce que je ferais?

Éternité dure 1 h 54 et est réalisé par David Freyne. Le film met notamment en vedette Elizabeth Olsen, Miles Teller, Callum Turner, Da’Vine Joy Randolph et John Early. Il est maintenant offert sur Apple TV au Canada.

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