Tous les mondes de Viviane Audet

Une 2e saison pour Piano public
Crédit photo: Eve B. Lavoie

La première saison de Piano public avait demandé à Viviane Audet de trouver sa place. La deuxième lui permet davantage de l’habiter. Aux côtés d’un Gregory Charles qu’elle décrit avec admiration comme « la Formule 1 de l’animation », la musicienne a compris qu’elle n’avait pas besoin d’essayer de devenir une animatrice conventionnelle. Sa force se trouve plutôt dans ce qu’elle sait déjà faire : communiquer. « Cette année, je pense qu’on a trouvé notre air d’aller! Le dénominateur commun de tout ce que je fais dans la vie, c’est la communication. Je suis là pour faire le lien entre le public et les participants. »

Alors qu’elle cherchait auparavant à dire « la bonne affaire », elle fait aujourd’hui davantage confiance à ses réactions. « C’est trippant de chercher ma signature, mon authenticité comme animatrice. »

Des pianistes à découvrir

Cette aisance nouvelle accompagne une deuxième saison remaniée. Le nombre de pianistes a été réduit et les défis poussent davantage la composition, l’interprétation et la capacité d’adaptation. Duos, duels, hommages à des proches, musique à l’image : les candidats doivent montrer beaucoup plus que leur virtuosité.

Certaines épreuves flirtent même volontairement avec l’impossible. Dans la « figure imposée », on peut demander aux pianistes de jouer les yeux bandés ou en leur retirant certaines notes. « Penses-y! Ce n’est pas si évident!», lance Viviane Audet en riant.

La production a aussi voulu rajeunir sa cohorte. L’animatrice regarde ces participants avec les yeux d’une musicienne qui connaît elle-même le doute, la recherche et les heures passées devant un instrument. « Je vois ces pianistes comme mes égaux. J’admire leur talent, leur recherche, leur vaillance. Ce que je trouve beau, c’est le travail, de voir comment ils cherchent. »

Quand Piano public conduit à sa propre musique

Un phénomène inattendu s’est d’ailleurs produit depuis la première saison : des téléspectateurs découvrent Viviane Audet à la télévision avant de découvrir la musicienne. « Le public qui vient me voir, beaucoup m’ont connue à cause de Piano public. Ils sont curieux de découvrir mon monde derrière l’animatrice. Il y a une curiosité qui est là. L’IA ne nous a pas volé ça! » Et lorsqu’ils passent de l’émission à sa musique, certains découvrent avec étonnement que la pianiste a déjà une longue carrière derrière elle. Après un récent spectacle à Rivière-du-Loup, Audet a chanté une chanson en rappel. Des spectateurs sont ensuite venus lui suggérer… de chanter davantage. Elle en rit encore. « Je me sens comme un vieux vinyle, mais qui n’a pas été sorti de son enveloppe! »

Ce paradoxe raconte assez bien le nouveau chapitre qu’a ouvert Le piano et le torrent. Malgré les albums, la chanson, son groupe Mentana, la musique à l’image et le jeu, Audet a l’impression que ce disque instrumental possède quelque chose d’un premier album. « Ma clé d’entrée, tout ce temps-là, c’est le piano. J’ai beaucoup donné pour les autres, mais là je prends tout ça, et c’est moi, mon univers, c’est ce que j’ai à offrir. »

Une musique qui est devenue « utile »

Le piano et le torrent puise notamment dans la maison d’enfance, sa vente, le départ des parents et ce sentiment particulier de déracinement qui peut apparaître lorsque le lieu qui nous définissait cesse progressivement de nous appartenir.

Pour Audet, ce lieu est intimement lié à la Gaspésie. Ses parents exploitaient un bed and breakfast et elle a grandi en voyant les visiteurs arriver dans son village. On lui disait alors de « sourire aux touristes ». Des années plus tard, le rapport au territoire s’est inversé. « Quand j’y retourne, c’est moi la touriste. Je sentais que j’avais perdu cette connexion, et cet album a été une façon de reconnecter, de donner de l’importance à mon village dans ma vie. »

Elle ne pouvait toutefois pas prévoir la manière dont cette musique très personnelle allait entrer dans l’intimité des autres. Elle reçoit maintenant quotidiennement des témoignages. Sa musique accompagne des gens à l’hôpital, des personnes en fin de vie ou encore des enfants dans des classes. Certains messages sont si chargés qu’elle reconnaît ne pas encore savoir comment les absorber émotionnellement.

Cette réaction du public vient surtout toucher une interrogation qu’elle porte depuis longtemps. Issue d’une famille où l’on travaillait notamment dans la santé et le communautaire, elle a grandi avec une conception très concrète de l’utilité : aider quelqu’un, travailler, aller porter des paniers de Noël. Elle savait qu’elle deviendrait artiste, mais une question demeurait : à quoi cela sert-il? « Quand on me dit que ma musique calme les jeunes dans une classe d’école, le matin, c’est concret. Ça, ça me fait du bien. » Le succès de Le piano et le torrent lui apporte ainsi quelque chose qui dépasse largement les écoutes ou les salles remplies. Il réconcilie peut-être deux dimensions de sa personnalité : celle qui a toujours su qu’elle devait créer et celle qui voulait que cette création ait une utilité dans la vie de quelqu’un.

Mentana, ou quand le couple et la création habitent la même maison

Toutes les routes de Viviane Audet ne sont cependant pas solitaires. Depuis 16 ans, Mentana occupe une place considérable dans sa vie avec son conjoint Robin-Joël Cool. Elle décrit leur fonctionnement avec beaucoup d’humour. Robin-Joël est celui qui a « les mains sur le volant », même si les décisions importantes sont prises ensemble. Et après autant d’années, la frontière entre le couple, la famille et l’entreprise artistique est pratiquement inexistante. « On s’obstine, on passe proche de divorcer, on se reparle! », raconte-t-elle avec le sourire. Une discussion professionnelle peut devoir s’arrêter simplement parce qu’il est 16 h et qu’il faut aller chercher les enfants ou préparer le souper. Il faut alors apprendre à dire : « On s’en reparle demain matin. »

Loin de l’image romantique du couple d’artistes qui créerait constamment dans une parfaite harmonie, Mentana fonctionne justement parce que le quotidien existe autour du projet. « On s’aime, on est amoureux, efficaces, parce qu’il faut partir le souper! »

Toutes les Viviane Audet

La suite s’annonce tout aussi éclatée. Porte-parole du ROSEQ, Audet retrouve un réseau qui possède pour elle une dimension profondément personnelle. « Je suis une enfant du ROSEQ! », rappelle celle qui a grandi en région en voyant passer ces spectacles qui venaient jusqu’à elle.

Après avoir parcouru près de 1 000 kilomètres pour se produire au cours de l’été, elle prévoit encore une trentaine de spectacles d’ici Noël. Et lorsqu’on évoque la possibilité d’un nouvel album, sa réponse, accompagnée d’un sourire, demeure volontairement mystérieuse : « Ah, peut-être! »

Il y a aussi un autre retour aux sources. Viviane Audet tourne actuellement dans STAT et constate qu’on recommence à penser à elle comme comédienne. Cela lui plaît beaucoup puisque le jeu représente ses « premiers amours », bien avant qu’une partie du public la découvre derrière un piano ou à l’animation.

Au milieu de tout cela, il reste un instrument qui semble avoir attendu patiemment que toutes ces identités se rencontrent : Le piano.

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