À première vue, les univers de Yannick De Serre et de Caroline Boileau empruntent des chemins bien différents. Chez le premier, des pansements, des sutures et des instruments chirurgicaux rappellent directement le monde des soins. Chez la seconde, l’aquarelle, les corps et l’eau donnent une forme plus fluide à la vulnérabilité. Pourtant, une même question traverse leurs œuvres : que reste-t-il lorsque la blessure ne disparaît pas complètement?
C’est autour de cette proximité que la Galerie JANO, à Montréal, a imaginé Panser, une exposition en duo réunissant les deux artistes. Tous deux s’intéressent au corps, au deuil, au soin et à l’émotion, mais à partir d’expériences et de langages plastiques distincts. Le titre lui-même donne le ton. Il ne s’agit pas simplement de penser la blessure, mais bien de tenter de la panser.
Quand le soin devient matière
Pour Yannick De Serre, la frontière entre la création et le soin est particulièrement mince. L’artiste est également infirmier aux soins intensifs. La maladie et la mort ne sont donc pas pour lui des notions abstraites : elles font partie d’un quotidien passé au chevet des patients.
Cette expérience se transpose jusque dans les matériaux qu’il choisit. Des pansements sont rehaussés de sutures formant des mots comme Guérison, I care ou Healing. Dans d’autres œuvres, des livres sont littéralement creusés afin d’accueillir un instrument chirurgical sur lequel apparaissent les inscriptions latines Memento Mori et Memento Vivere, se souvenir que l’on mourra, mais aussi se souvenir de vivre.

Caroline Boileau et les gestes de la proche aidance
Chez Caroline Boileau, la réflexion prend naissance dans une expérience tout aussi intime : celle d’avoir accompagné son père jusqu’à la fin de sa vie. Le soin n’est plus observé depuis l’univers professionnel du milieu hospitalier, mais depuis celui de la proche aidance et du deuil.
L’eau occupe également une place importante dans son travail. Dans Sourcières et profondeurs, une vingtaine de petites aquarelles sont glissées dans les craques du plancher ou installées sur des supports métalliques. Les teintes peuvent sembler délicates, mais l’eau représentée n’a rien de parfaitement limpide. Elle est brune ou orangée, jamais bleue. Elle semble conserver quelque chose de ce qu’elle a traversé, à l’image d’un deuil qui transforme celui ou celle qui reste.
Deux façons de regarder la même blessure
C’est précisément dans cette rencontre que Panser trouve sa force. Les œuvres de De Serre et Boileau ne racontent pas la même histoire, mais elles semblent se répondre. D’un côté, le pansement enveloppe la plaie. De l’autre, l’eau l’immerge. L’un travaille à partir de son expérience quotidienne des soins intensifs; l’autre à partir de la perte de son père.
La commissaire et galeriste Anne Jano explique avoir été frappée, en rapprochant leurs œuvres, par cette même tendresse dirigée vers ce qui blesse. Deux matières presque opposées finissent alors par exprimer une préoccupation commune : envelopper la blessure ou, au contraire, la laisser tremper.

L’exposition évite ainsi de présenter la guérison comme un processus parfaitement linéaire. Certaines expériences ne se referment jamais complètement. On apprend plutôt à vivre avec leur trace, à en prendre soin et, parfois, à les transformer. Fondée à Montréal par Anne Jano, la Galerie JANO représente et diffuse des artistes contemporains émergents et de mi-carrière, en privilégiant notamment des rapprochements thématiques entre différentes pratiques artistiques.
Exposition Panser, Yannick De Serre & Caroline Boileau
Galerie JANO, Montréal. / Pour tous les détails, cliquez ici.







