/ Un texte de Michaël Grégoire
Ludovick Bourgeois sait exactement ce qu’il veut offrir à son public : une soirée mémorable. Pas de concept compliqué, pas de prétention artistique démesurée. Simplement un grand spectacle, des chansons que tout le monde connaît et le plaisir de chanter ensemble.
Nous nous rencontrons au Café Saint-Henri, à Québec, dans le cadre de sa journée de promotion. Il est là, tout sourire, prêt pour la toute dernière entrevue de la journée : la nôtre. Avec Karaoké 90, le chanteur revisite une quarantaine de succès qui ont marqué la décennie 1990. De Green Day à Roch Voisine, en passant par Jean Leloup, La Chicane et Smash Mouth, le répertoire traverse les genres et les frontières, avec un objectif bien précis : faire plaisir aux spectateurs. « Je suis un entertainer. Je veux faire plaisir aux gens qui nous confient leur soirée », explique-t-il en entrevue.
Le spectacle connaît déjà un succès considérable. Au moment de notre rencontre, près de 20 000 billets avaient trouvé preneur, et l’artiste entrevoyait déjà la possibilité de faire évoluer le concept pendant plusieurs années. Mais derrière cette nouvelle réussite se trouve une histoire moins connue, celle d’un auteur-compositeur-interprète qui a dû apprendre à devenir son propre producteur.

Un revers qui a tout changé
Il y a quelques années, au sortir de la pandémie, Ludovick Bourgeois traverse une période charnière. Les ventes de billets sont plus difficiles et, en l’espace d’une semaine, il perd à la fois sa maison de production et son gérant. Ses anciens collaborateurs lui laissent toutefois entendre qu’ils seraient intéressés à travailler avec lui s’il décidait de présenter un spectacle consacré aux chansons des BB, le groupe de son père, Patrick Bourgeois.
À l’époque, son agent de spectacles, Sébastien Langlois, de l’Agence Agora, lui fait une observation qui l’amène à réfléchir. « Il m’a dit que c’était la meilleure chose qui pouvait m’arriver. » Plutôt que de chercher immédiatement une nouvelle structure pour prendre en charge sa carrière, Ludovick Bourgeois décide de se lancer lui-même en production. « Je me suis dit : si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais. » Cette décision marque un véritable tournant. Désormais, ses spectacles, ses projets musicaux et les grandes orientations de sa carrière passent par sa propre entreprise. « J’ai repris les rênes. Que ce soit pour les chansons de mon père, la gestion ou la production de spectacles, tout passe par moi. »
Le succès de la tournée consacrée aux BB lui a ensuite permis de constituer une réserve financière qu’il peut réinvestir dans ses nouvelles créations. « Je me suis fait un petit coussin de production. C’est moins effrayant pour moi de dépenser sur les trucs auxquels je crois. J’ai une petite équipe et je m’entoure. Pour moi, c’est la meilleure façon de fonctionner. »
L’artiste entrepreneur
Ludovick Bourgeois ne cache pas que son quotidien ressemble aujourd’hui davantage à celui d’un entrepreneur qu’à celui d’un artiste au sens plus traditionnel du terme. « Ma vie est plus business qu’artistique, mais en même temps, je suis impliqué dans tous les aspects créatifs du spectacle. Ma créativité est toujours nécessaire, et ça me suffit. » Cette manière de fonctionner lui permet de conserver une liberté importante, autant dans ses décisions financières que dans ses choix artistiques.
Il s’entoure d’une petite équipe, dont sa conjointe, qui participe à la gestion de ses activités, et son agent de spectacles. Il peut également compter sur les conseils de quelques artistes d’expérience, notamment Marc Dupré, Sylvain Cossette et Andrée Watters. Parce que, de son point de vue, les règles du métier ont profondément changé. « À une certaine époque, les artistes étaient très pris en charge. Maintenant, si tu veux te démarquer, tu dois être un artiste entrepreneur. » Il estime d’ailleurs que les jeunes artistes doivent apprendre très tôt à provoquer leurs propres occasions. « Ce que je dis aux jeunes, c’est que si tu ne crées pas des opportunités, personne ne va le faire à ta place. Crée tes projets. »
Lui-même n’attend plus qu’un projet soit terminé pour préparer le suivant. Pendant la tournée des BB, des dates de spectacles étaient déjà réservées pour la production qui allait suivre, alors même que son concept n’était pas encore défini. Une approche qui témoigne autant de son sens des affaires que de sa volonté de maintenir une relation constante avec son public.

Karaoké 90 : faire de la nostalgie un grand spectacle
L’idée de Karaoké 90 est née directement de son précédent spectacle consacré aux BB. Pendant l’interprétation de Pourquoi t’es dans la lune, Ludovick Bourgeois avait intégré un segment de karaoké qui avait particulièrement bien fonctionné auprès du public. « Je me suis dit qu’il fallait que je récidive avec cette idée-là. » Il souhaitait aussi profiter de l’engouement suscité par sa précédente tournée pour proposer rapidement un nouveau spectacle. « Je ne voulais pas me faire oublier pendant quatre ans. Je veux que les gens, quand je mets un show en vente, se disent : “Je veux aller le voir.” C’est une forme de branding que je veux entrer dans la tête des gens. »
Avec Karaoké 90, il pousse donc le concept beaucoup plus loin. Le spectacle mise sur une production visuelle imposante, des numéros construits autour de différents univers musicaux et un rythme soutenu. Au total, une quarantaine de chansons se succèdent pendant plus de 90 minutes. « C’est un feu roulant. Je n’ai pas le temps de boire de l’eau pendant le show! », lance-t-il en riant.
L’artiste assume complètement le caractère nostalgique, et parfois délicieusement kitsch, du répertoire. Il n’a d’ailleurs pas cherché à transformer les chansons pour leur donner une nouvelle identité musicale. Au contraire, son équipe et lui s’efforcent de respecter les arrangements originaux.
« Je veux chanter les chansons que les gens ont envie d’entendre. »
Des souvenirs d’enfance sur scène
Pour Ludovick Bourgeois, les années 1990 ne représentent pas seulement une période musicale particulièrement riche. Elles sont aussi associées à de nombreux souvenirs personnels. Il se rappelle notamment les trajets en voiture avec sa mère, pendant lesquels une chanson de Smash Mouth occupait une place privilégiée. « All Star, on mettait ça dans l’auto de ma mère. On mettait le disque avec la chanson numéro cinq, c’était notre toune! », raconte-t-il en souriant.
Le répertoire lui permet ainsi de retrouver une partie de son enfance, tout en proposant un voyage musical dans lequel plusieurs générations peuvent se reconnaître.
Pour assurer la mise en scène de Karaoké 90, Ludovick Bourgeois a fait appel à Sylvain Cossette, un artiste qui possède une longue expérience des spectacles construits autour des grands succès populaires. Cette collaboration revêt une signification particulière pour lui. « Pour moi, c’est un mentor. C’est un peu la passation de ce genre de show-là, entre lui et moi. On s’apprécie beaucoup. C’est comme si j’avais son sceau d’approbation. » L’artiste souhaite d’ailleurs poursuivre dans cette direction pour les prochaines années en développant d’autres spectacles de variétés à grand déploiement.

Une carrière qu’il souhaite bâtir sur ses propres conditions
Le producteur de 33 ans entrevoit déjà un avenir prometteur pour son nouveau concept. « Avec le spectacle que je fais en ce moment, j’ai l’impression qu’on aura plusieurs variantes. Ça va peut-être durer dix ans! » Il demeure toutefois conscient que le succès dans l’industrie musicale ne repose sur aucune formule garantie. « C’est quoi la recette maintenant? Je n’en ai aucune idée. En même temps, on voit émerger des mégasuccès comme Angine de Poitrine. Je ne sais pas comment on peut se démarquer aujourd’hui, mais moi, je vais continuer à faire des spectacles de concepts. »
Parallèlement à la tournée, il travaille à la construction de sa maison, un projet qui fera également l’objet d’une émission de télévision prévue au printemps 2027. Entre la production, les spectacles, les activités de son entreprise et cette aventure personnelle, son agenda est bien rempli. Il cherche néanmoins à mieux sélectionner ses engagements. « J’essaie de dire non à bien des affaires. Je veux épurer mon agenda pour me concentrer sur des trucs qui me passionnent. »
Après avoir connu le succès à La Voix, rendu hommage au répertoire de son père et repris les commandes de sa propre entreprise, Ludovick Bourgeois semble avoir trouvé une formule qui lui ressemble : créer des spectacles rassembleurs, assumer pleinement ses ambitions et conserver le contrôle de son avenir.
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L’artiste sera en spectacle ce 27 octobre, à Québec.
Détails et billets : https://ludovick.ca/