Donner une voix aux femmes oubliées

Un nouveau roman pour Anne-Marie Duquette

Avec Il ne faut pas de si petites mains pour agripper la lumière, la romancière Anne-Marie Duquette offre un hommage profondément humain aux sages-femmes qui, pendant des générations, ont accompagné les naissances dans la discrétion, bien avant que l’accouchement ne devienne un acte essentiellement médical. Le résultat est un roman d’une grande sensibilité, porté par une écriture d’une rare précision qui fait autant confiance au silence qu’aux mots.

Les lecteurs de Les fleurs sauvages n’ont de sauvage que le nom retrouveront avec plaisir Beth, un personnage que l’autrice choisit ici d’explorer davantage. Après avoir assisté, adolescente, à un accouchement qui bouleverse sa vie, Beth découvre une vocation. Sous l’aile bienveillante d’Hélène, sa grand-mère de cœur, elle apprend le métier de sage-femme alors que cette pratique demeure encore illégale. Mais plus qu’un apprentissage technique, c’est une véritable initiation à une manière d’habiter le monde, de prendre soin des autres et de faire confiance au savoir des femmes qui s’amorce.

Raconter la naissance

Là où plusieurs auteurs auraient cherché le spectaculaire, Anne-Marie Duquette choisit la proximité. Elle décrit les gestes, les respirations, les regards et les hésitations avec une délicatesse remarquable. La naissance n’est jamais réduite à un simple événement biologique; elle devient un espace où se rencontrent la peur, la confiance, le courage et une profonde solidarité féminine.

Bien qu’il aborde des thèmes toujours d’actualité, comme la médicalisation de l’accouchement, les violences obstétricales ou encore le droit des femmes à choisir la façon dont elles donnent naissance, Il ne faut pas de si petites mains pour agripper la lumière demeure avant tout une œuvre de fiction.

Anne-Marie Duquette laisse ses personnages porter ces réflexions sans jamais transformer son récit en plaidoyer. Cette retenue donne d’ailleurs beaucoup plus de force à son propos. Plusieurs critiques ont d’ailleurs souligné cette réflexion sur la médicalisation de la naissance et la transmission du savoir féminin.

S’il fallait retenir un thème central, ce serait probablement celui de la transmission. Les connaissances circulent ici d’une femme à l’autre, d’une génération à l’autre, parfois dans la clandestinité, toujours avec une immense confiance.

Beth apprend autant à observer qu’à écouter, autant à intervenir qu’à attendre. À travers cette relation avec Hélène, Anne-Marie Duquette rappelle que certains savoirs ne s’enseignent pas dans les livres, mais dans la patience, l’expérience et la présence.

L’autre grande qualité du roman réside dans son écriture. Anne-Marie Duquette possède un style immédiatement reconnaissable : précis sans être démonstratif, poétique sans jamais devenir précieux.

Chaque image semble choisie avec soin, chaque phrase trouve son rythme naturel. Cette prose lumineuse accompagne parfaitement un récit où les émotions sont souvent suggérées plutôt que nommées, laissant au lecteur toute la place pour les ressentir.

Avec ce nouveau livre, l’autrice confirme qu’elle compte parmi les voix les plus délicates et les plus sensibles de la littérature québécoise actuelle. Un roman à découvrir pour la beauté de sa langue, pour la profondeur de ses personnages et pour la lumière qu’il jette sur une page méconnue de notre histoire.

Pour vous procurer le roman, cliquez ici.

Précédent
Il veut réinventer notre façon de découvrir l’art

Il veut réinventer notre façon de découvrir l’art

Face à face avec Dorian Verdier

Vous pourriez aimer…